King Zeno / Nathaniel Rich

King Zeno / Nathaniel Rich

couverture du roman King Zeno de Nathaniel Rich

1918. La Nouvelle-Orléans forge son destin et celui de la nation. La guerre est terminée et une nouvelle ère prospère s’annonce : c’est la naissance du jazz et la construction de l’Industrial Canal, qui rompra cent ans plus tard. Mais c’était compter sans la vague de meurtres commis par l’« homme à la hache », un maniaque aux goûts musicaux prononcés.
Ces massacres bousculent la vie d’habitants de différents quartiers de la ville : un détective et ancien vétéran traumatisé par les combats dans les tranchées, un cornettiste de génie aux activités douteuses, et une matrone de la mafia italienne aux ambitions sans égales. Chacun d’eux nourrit des rêves de gloire éternelle, mais leurs quêtes les mèneront jusqu’aux portes de la folie.

Avis : La Nouvelle-Orléans du début du siècle est un terreau riche pour un auteur de roman, et un cadre profondément attirant pour le lecteur. D’ailleurs, il y a quelques années, Ray Celestin avait déjà écrit sur la même période ; et comme Nathaniel Rich, il avait pris comme point de départ les meurtres de l’homme à la hache. Je vous rassure cependant, les points communs entre King Zeno et Carnaval s’arrêtent ici. Bien qu’ils partagent un cadre, les histoires et les personnages sont tout à différents.

Nous sommes donc en 1918, et la ville est en train de subir une profonde mutation qui marquera son histoire avec la construction du Canal Industriel. Pour Béatrice Vizzini, c’est surtout l’opportunité de faire entrer le « commerce » familial dans la légalité, et de se retirer peu à peu des Affaires. Pour Isadore Zeno, c’est un puits de désespoir où il se casse les reins et noie son talent pour le cornet, afin de gagner 3 sous pour nourrir les siens. Quant à l’inspecteur Bill Bastrop, il ne s’y intéresse pas vraiment jusqu’au moment où on commence à y retrouver des morceaux de corps.

En filigrane de ces 3 figures de l’époque, le cadre historique est parfaitement dessiné. La Nouvelle-Orléans est une ville grouillante de vie, où s’affrontent modernité et passéisme, Blancs et Noirs, où le jazz tente péniblement de sortir des seuls quartiers Noirs, où les traumatismes de la jeune 1ère guerre mondiale marquent encore les esprits de ceux qui en sont « revenus », et où la violence est prégnante.

Mais ce qui se fait le plus sentir tout au long de King Zeno, c’est le profond racisme qui alourdit l’atmosphère de la ville comme une chape de plomb. Les « nègres » y sont une main d’œuvre corvéable à merci et qui n’ont pour possibilité d’emploi que des annonces aussi alléchantes que celle-ci : « 200 nègres pour creuser. Journées limitées à 11 heures ; superbe opportunité ; salaire secondaire par rapport à l’opportunité offerte. ». Ils sont désignés coupables d’office, et on les assassine en toute impunité.

Toutefois, ne vous attendez pas à une enquête haletante autour du tueur à la hache. Même si les meurtres servent de fil rouge à Nathaniel Rich, ils ne sont en réalité que secondaires face à la peinture de l’époque. On devine d’ailleurs le meurtrier dès la moitié du roman.

Roman publié aux éditions du Seuil (Cadre Noir) – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Camille De Chevigny

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