Demain et le jour d’après / Tom Sweterlitsch

Demain et le jour d’après / Tom Sweterlitsch

couverture du roman Demain et le jour d'après de Tom Sweterlitsch

John Dominic Blaxton, éditeur de poésie prometteur, a perdu sa femme enceinte dans l’attentat nucléaire qui a rasé la ville de Pittsburgh. Reconverti en enquêteur pour les assurances, il parcourt inlassablement l’Archive, cette recréation virtuelle de la cité via tous les documents, enregistrements publics et privés qui n’ont pas été corrompus par l’explosion. Un jour, il découvre le corps d’une disparue, Hannah Massey, à moitié enfoui dans la boue d’un parc public. Dans l’Archive, l’enregistrement de ce cadavre prouve que la jeune femme a été assassinée. Dans la réalité, il n’existe plus aucune preuve matérielle de ce crime. Pour trouver la force de continuer à vivre, John se lance dans une enquête dangereuse. Car rien ne dit que l’assassin de la jeune femme a péri dans l’attentat.

Avis : Après l’excellent et remarqué Terminus, AMI revient avec le premier roman de Tom Sweterlitsch, Demain et le jour d’après. Un thriller cyberpunk dans la plus pure tradition du roman noir américain : décrivant un monde corrompu, une société à la dérive avec un héros dépressif et obsessionnel.

John Dominic Blaxton est un homme traumatisé. Il a la douteuse chance d’appartenir à la centaine de survivants ayant réchappé à l’explosion nucléaire qui a rayé la ville de Pittsburgh de la carte. Mais Dominic lui, aurait préféré mourir auprès de sa femme et de son enfant à naître. Depuis il végète dans sa vie, se perd dans les drogues, et seuls son boulot d’enquêteur pour une société d’assurance et le soutien de son cousin le maintiennent à peu près à flots. Ça et les visites régulières qu’il rend à sa femme dans l’Archive, où il revit, inlassablement, leurs moments de bonheur. Grâce à cette simulation informatique effectuée à partir de toutes les caméras dispersées dans la ville, de tous les enregistrements des neurospams personnels (RGPD, bonjour !) chacun est libre de revivre le passé. Le sien, ou celui des autres…

Cette vision futuriste de l’Amérique de demain décrit une population devenue totalement amorale, en perte de repères, où le divertissement semble être devenu le but ultime (même les exécutions sont scénographiées). La publicité est omniprésente : « Achetez américain. Baisez américain. Vendez américain » est le crédo de cette nouvelle ère. Et tout est à vendre. La vie privée n’existe plus pour peu qu’un pirate malin réussisse à s’introduire dans votre neurospam, et votre mort appartient au public.

Demain et le jour d’après s’interroge sur la gestion du deuil et de l’absence, sur la culpabilité du survivant, et l’aliénation volontaire. En sous-couche la perversion des hommes, et les violences faites aux femmes dans une intrigue que n’aurait pas renié Karin Slaughter. C’est noir et glauque, mais portée par Dominic, qui est le narrateur, l’ambiance est plus mélancolique que violente.

Comme pour Terminus, les droits audiovisuels ont été acheté par le cinéma. Demain et le jour d’après est un bon roman, qui aborde avec justesse les thèmes dont il traite, et ça fera certainement un très bon film. Malgré tout, il m’a quand même fallu passer la moitié du roman pour vraiment rentrer dedans, en raison d’un certain manque de tension et d’un héros touchant, mais pas vraiment attachant (subtile nuance !).

Roman publié aux éditions Albin Michel (Imaginaire) – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Michel Pagel

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