Nelle et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours présentes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, remplie d’inépuisables richesses.
Avis : Ce très joli objet est aussi un page-turner incroyable.
On y suit la vie de 2 sœurs adolescentes. C’est par l’écriture dans un journal offert par Eva à Nell que nous prenons connaissance de leur vie. Qui a basculé au moment où le monde est devenu postapocalyptique mais d’une façon lente et progressive. Pas du tout comme on le représente habituellement dans la littérature, les séries ou les films. Mais plutôt comme cela s’est un peu passé au moment du covid. Une lente glissade vers moins de gens, moins d’organisation et dans ce roman vers la rupture des organisations gouvernementales et donc de la production puis de l’approvisionnement des denrées utiles : essence, produits de consommations et médicaments…
Elles ont perdu leur mère d’un cancer au moment où les bruits du monde commençaient à être inquiétants. Mais vivants déjà en marge de la société : dans un coin reculé de la Californie au milieu des pins et loin des voisins, en n’allant pas à l’école pour les filles… leur père a perdu pied pendant de longues semaines puis ils ont repris leur tour en ville du samedi mais sans vraiment y faire leur marque… Et sans vraiment comprendre les enjeux des rumeurs. Le manque de carburant a eu raison de leur tour en ville du samedi.
« Quand elle est morte, la vie entière de notre père a semblé s’effondrer dans un trou noir, créant cette densité que l’encyclopédie appelle singularité, une force de laquelle rien ne peut s’échapper, une négativité qui dévore même la lumière. »
Puis elles vont ensuite se retrouver vraiment seules et devoir survivre en ayant une discipline de fer : danse pour Eva et Instruction en lisant principalement l’encyclopédie pour Nell. Ce qui va leur permettre de planter, récolter, se chauffer, se guérir, se défendre car il y a tant de ressources à connaitre Dans la forêt.
Ce roman prenant est tour à tour revigorant et glaçant. Pour vous donner un exemple, je pense que la question que beaucoup se posent sur les réseaux sociaux « de préfère t on rencontrer un ours ou un homme dans les bois ? » provient de ce roman. Cela vous donne une idée de la tension et de la violence que l’on trouve parfois dans ce roman d’apprentissage bouleversant. Heureusement il y aussi de la beauté dans les descriptions de leur vie, des paysages ou de la faune autour de leur maison.
Et il y aussi une recherche profonde de montrer les relations, la psychologie des ados bien sur mais aussi des adultes. L’intensité de ce roman tient aussi à de magnifiques passages d’introspection et d’éveil à une maturité vibrante.
« L’impression de faire partie des élus, de resplendir d’un éclat plus vif, plus chaud et plus farouche que cela n’a été ou ne sera le cas pour qui que ce soit. »
La fin fut pour moi une grande surprise. Je ne m’attendais pas du tout à un retour aux sources encore plus extrême que celui déjà obligé par le recul de la société. Mais cela a été très intéressant pour moi et surement l’une des leçons de ce roman : l’important n’est il pas le lien entre humains ? Et le retour à la terre et l’impact que l’on a sur notre environnement était déjà une ligne directrice forte de l’autrice avec une famille déjà en marge dans leur façon de vivre bien avant que cela ne devienne obligatoire…
En bref, lisez ce roman atypique autant dans son histoire de renaissance ou de redécouverte de la puissance de notre nature et du lien que l’on peut créer avec son environnement et sur la biodiversité que dans sa forme avec une aventure passionnante et parfois flippante et vous m’en direz des nouvelles !
Vous verrez vos émotions seront légions !
« Elle a dansé avec un corps qui avait semé des graines, ramassé des glands, donné naissance. Avec de nouveaux mouvements qui n’avaient pas de noms, elle a dansé la danse d’elle-même, tantôt sauvage, tantôt tendre, tantôt pesante, tantôt sautillante. Sur le sol raboteux, elle a dansé au son de notre maison qui brûlait. »
Roman publié aux éditions Gallmeister.











