Utu / Caryl Férey

Utu / Caryl Férey

couverture du roman utu de caryl ferey

D’origine maorie, Jack Fitzgerald s’était engagé dans la police après la disparition inexpliquée de sa famille sur une île de Nouvelle-Zélande. L’annonce de son suicide et la mort d’un chaman aux pratiques occultes effroyables ne convainc pas son ancien bras droit. Osborne, spécialiste de la question maorie, revient d’Australie sur les traces de son ami et sur son propre passé… Hana, celle qu’il appelle «ma femme» et qu’il connaît depuis l’enfance, croise à nouveau sa route. Les disparitions continuent. Une réalité glaçante se dessine. Au pays du utu, la vengeance, comme les gènes, se transmet dans le sang…

Avis : Même si Utu est la suite de Haka, que je n’ai pas (encore) lu, il se lit sans difficulté et l’auteur écrit même une note pour nous aider, mais elle ne m’a pas été nécessaire.

On suit Osborne, un ancien flic spécialiste des Maoris, qui a fui la Nouvelle Zélande pour s’installer en Australie, loin de ses plaies et de ses racines. Mais il va retourner au pays des moutons, car son ancien collègue et presque ami, Jack Fitzgerald s’est suicidé après une enquête brutale liée à un chaman Maori. Et cela n’est pas normal, car Fitzgerald n’était pas du genre à abandonner sa quête sur ce qui avait pu arriver à sa femme et à sa fille. Et il faut dire qu’Osborne, n’est pas enchanté de rentrer.

Un retour au pays lui faisait aussi chaud au coeur qu’une balle tirée dans le dos.

Car au Pays, il y traine l’ombre de Hana. Une Maorie, qui a tout perdu lorsque sa grand-mère, qui l’avait initiée aux croyances et traditions de ses ancêtres, est morte. Et Osborne donnerait tout pour la revoir, et la guérir. Et se guérir de l’avoir mal comprise du temps de leur jeunesse.

Osborne, réinstallé comme flic, voit lors de son enquête une secrétaire d’un grand groupe immobilier ainsi que le comptable disparaitre. Il voit une hache être volée chez un blanc, qui collectionne les artefacts maoris mais qui conspue ce peuple. Il essaie de recoller les morceaux de ce puzzle. Et c’est alors qu’entrent en scène deux femmes : Amélia, assistante en médecine légale et Ann Brook, une mannequin. Elles vont toutes deux l’aider dans sa quête. Mais pas du tout de la même façon : l’une va lui faire découvrir les pulsions dérangées de la jeunesse friquée d’Aukland, et l’autre va enfreindre la loi pour lui. Il n’en reste pas moins que cette enquête est un repaire de vipères et qu’il va déranger au plus haut point.

Ce qui est fascinant avec Caryl Férey, c’est la maestria qu’il a pour nous faire aimer des personnages abimés, qui n’hésitent pas à aller loin, très loin, (trop loin ?) dans l’illégalité ou le sordide. Ce qui est passionnant dans Utu, (c’était déjà le cas dans Mapuche, Condor ou Zulu) c’est la capacité ce cet auteur à nous faire comprendre un peuple, en quelques lignes et à nous emporter loin de notre quotidien tout en nous mettant dans les pas de ses personnages. On est projeté des abîmes des plus riches aux sphères où un regard mal placé peut vous faire tuer ou violer. Et c’est encore une fois tout le plaisir de lire Caryl Férey qui remet en cause notre société, même si pour cela il en décrit une autre qui se situe aux antipodes (littéralement) de la France.

Attention, si j’ai adoré ce livre, j’ai aussi haï l’auteur pour ce qui ne pourra plus jamais être enlevé de ma mémoire. Utu n’est pas à mettre entre toutes les mains. Il y a de la violence physique et psychique (on coupe les corps sans soucis, on baise à tout va et on regarde de haut les plus faibles que soit) mais comme toujours avec cet auteur génial, il y a aussi des moments de pur lyrisme, où la beauté du monde et une certaine humanité émerge de ces immondes moments plus que violents. Il y a aussi un certain humour dans la tragédie.

Quel spectacle tu fais quand tu dors ! On dirait une locomotive écrasée au fond d’un ravin et qui tourne encore.[…] Je connais deux trois trucs pour réveiller les locomotives écrasées au fond des ravins, qu’elles tournent encore ou non.

Vous l’aurez compris, encore un carton plein avec Utu : du suspense, un humour noir qui me ravit, des personnages forts et beaucoup de violence, qui servent le portrait à double tranchant de l’Humanité que fait Caryl Férey, froide et calculatrice ou tendre et perdue.

Roman publié aux éditions Folio (Policier)

4 comments

  • June

    J’avais lu ce livre il y a quelques années, par hasard, après l’avoir trouvé abandonné dans un opéra. J’en avais un tout autre souvenir, je crois que je vais m’y replonger 🙂 comme quoi, on a pas la même vision selon l’âge auquel on lit un roman ! 🙂

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    • lisou

      Et oui, nos expériences (livresques ou de nos vies) nous transforment! et heureusement 😉
      Je viens de finir Haka, et du coup, j’ai préféré Utu… Haka est trop dans les délires psychotiques et liés à la drogue…
      bonne re-lecture !

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