
« Du temps, de la vie, de l’amour et de l’impardonnable.»
Grand-papy prétend que d’étranges phénomènes se sont produits il y a cinquante ans et qu’une fois encore, le pire est à venir. Mais Grand-papy, il perd la tête ces derniers temps. J’ai déjà suffisamment à faire, et j’ai passé l’âge de croire à la magie.
Schmutzheim est un petit village paisible au fin fond d’une vallée reculée. Astrid, dix-sept ans, y prend soin de son aïeul à la santé déclinante et de sa petite soeur Ingrid. Parvenant difficilement à joindre les deux bouts, les filles complètent leur activité fermière avec le commerce de remèdes artisanaux, ce qui leur vaut la réputation de sorcières et la méfiance de leurs voisins. Et alors que d’obscurs miracles se multiplient autour d’elles, combien de temps encore avant qu’elles ne soient désignées coupables ?
Avis : A Schmutzheim, la peur est derrière chaque rideau, chaque interaction humaine et chaque paupière : peur de son mari violent, peur d’accoucher au vu des risques, peur de ne pas être comme les autres voudraient qu’on soit, peur de ne pas manger à sa faim… Chez Astrid, c’est surtout la peur de ne pas réussir à élever sa jeune sœur Ingrid avant que leur grand père ne meurt. Il est la dernière famille qu’elles aient. Alors elle se débrouille pour élever des chèvres avec le lait desquelles elle fait des fromages et qu’elle revend pour la viande au boucher. En plus, elle fait des remèdes que les villageois lui demandent dans le plus grand secret : contre les nausées, les démangeaisons, les douleurs… Les 2 sœurs sont donc vues comme des sorcières. Bientôt des événements étonnants et anormaux, appelés miracles par le prêtre de la paroisse surviennent : sang en goutte d’or, vision nocturne possible, sirènes… Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’est-ce que cela annonce ?
Avec une écriture très intéressante, car mêlant du patois et des tournures de phrases désuètes, Julia Richard nous plonge dans son univers médiéval et quelque peu surnaturel. Si son histoire m’a laissée de marbre sur la partie rebondissements et suspense, elle m’a par contre happée sur la partie personnages et relations humaines. Que ce soit sur l’adolescence avec les relations entre les 2 sœurs qui sonnent tellement juste. Ou les pensées d’Astrid – puisque Se méfier de l’eau qui dort est écrit à la première personne – qui ont eu une résonance énorme en moi. Sans parler des relations inter-villageoises ou intrafamiliales qui sont magnifiquement dépeintes. En effet, tout se joue sur les faux-semblants et les non-dits, ou les « on-dit » d’ailleurs, et surtout !!! C’est férocement vrai avec le prêtre, mais aussi de façon plus subtile avec le personnage du Maçon, qui commence par être un méchant, car on ne connaît finalement rien de lui, pour changer peu à peu au cours du roman. Et quand je dis que les rebondissements m’ont laissée de marbre ce n’est que partiellement vrai : le début est vraiment prenant, mais très vite lorsqu’Ingrid parle à sa sœur de son amoureux et que celle-ci ne cherche pas à creuser le sujet, je me suis dit « encore une intrigue basée sur l’omission d’information ». Ce qui m’ennuie de plus en plus, car ce n’est même pas du mensonge machiavélique, c’est juste de l’étourderie des personnages. Dommage…
Ceci dit, l’objet en lui même est sublime. Les pages noires et vertes sur la tranche sont hypnotisantes ! Et les dessins de chaque partie sont également très beaux. Alors voilà un bel ouvrage par bien des façons (originalité d’écriture, beauté du livre, profonde psychologie des personnages) mais pas assez ambitieux sur la structure de l’intrigue. J’emprunterai quand même Carne à Zina pour comparer…
Se méfier de l’eau qui dort de Julia Richard est un roman publié aux éditons HSN.











