En étudiant des échantillons de sol récoltés à proximité des métropoles, Henrik avait suivi la progression de la catastrophe. La bactérie, aussi petite qu’utile, était anéantie en périphérie des usines. De sorte que, si des matières en décomposition se retrouvaient dans le sol, elles ne pouvaient plus être transformées en matière vivante. Les plantes et les animaux souffraient de la faim à leur tour. Seuls les humains, dans leurs tours, dans leurs habitats approvisionnés en air purifié, avec leurs aliments artificiels, pouvaient surmonter cela et y survivre. Eux seuls.
Avis : Les âmes de feu se passe à peu près cent ans après l’écriture de ce livre (1920) dans A15, une mégalopole comme il en existe par centaines dans le monde. Les gens sont tellement fragiles qu’ils ne marchent plus mais roulent avec des autinos attachés aux pieds. (Ça ressemblerait pas à nos gyroroues ?). Henrik 19530, est un scientifique dans un monde où la Culture est en opposition avec le monde paysan qui est vu comme arriéré. Surtout depuis que la nourriture est totalement chimique, faite à partir de l’air et produite en laboratoire. Il ne reste que quelques paysans que l’on prend de haut et que l’on va même obliger à tout quitter et à venir s’installer en ville. Les données collectées par Henrik et son assistant, Alfred 6720, ne sont pourtant pas très positives. Les feux et la diminution drastique de la flore et faune aux abords des villes devraient alerter la population. Mais le ministère impair, avec son chef Gustajo 25854, veille à ce qu’aucunes infos contraires à la « bonne » vision du monde (tout va très bien, madame la marquise !*) ne perturbe les citoyens. Pourtant certains, comme Daniel 8726 et Jolán 10492, des amis d’Alfred font leur retour aux sources et s’installe à la limite forêt et plaine.
Dans ce monde anticipé, avoir un numéro proche de 50 000, qui est celui du gouvernant de chaque ville, signifie que l’on vaut mieux que ceux avec un nombre inférieur. (Petite info : actuellement le numéro des plaques d’immatriculation aux Émirats Arabes Unis montrent qui a le plus d’argent). Alors évidemment, malgré les alertes d’Henrik, rien n’est fait et les choses vont d’aggraver : asphyxie dans les villes puis des champignons vont parasiter tous les champs puis des nuages rouges incendiaires (les âmes de feu) vont apparaître et tout brûler…
Ce roman d’anticipation fait froid dans le dos car il sonne un peu trop « réel » . En effet, je n’ai pas besoin de vous parler des grands titres de nos news : grands incendies en Amérique du Sud, disparition de la biodiversité, prise en main de l’info par des multimilliardaires ou des despotes… Annie Francé-Harrar a écrit ce roman il y a 104 ans et sa vision tombe malheureusement au plus juste. Elle a vu dans sa recherche dans la biologie les possibles dérapages vers la chimie intense des sols et la dégradations de ceux-ci. Ainsi que les retombées globales que cela entraineraient. Elle a vu dans la politique humaine, les possibles dangers et a su en tirer un roman fort et prémonitoire. Le suspense est habilement mené entre Henrik qui ne sait pas s’il doit tirer la sonnette d’alarme et Alfred qui veut sauver Aïne, la fille du 50 000. La description des nombreux phénomènes amène une réflexion positive : des choses sont possibles si on les fait en grand. Mais ce n’est pas le cas dans ce roman. Tout se consume… sauf peut être ceux qui ne sont pas en ville ?
Alors à votre avis qui et quoi survivra ? Et comment ? Pour le savoir lisez donc cette belle anticipation qui devrait être adaptée en film, enseignée au collège ou passer de mains en mains. Bonne lecture !
*Pour une vision plus récente que cette chanson voir aussi Don’t look up ou tout simplement le révisionnisme des livres dans certains états américains mais aussi chez nous où les femmes peinent à apparaître dans les livres d’histoire par exemple.
Les Âmes de feu de Annie Francé-Harrar est un roman publié aux éditions Belfond – Traduit de l’allemand (Autriche) par Erwann Perchoc.











