Une deux trois / Dror Mishani

Une deux trois / Dror Mishani

couverture du roman Une deux trois de Dror Mishani

Une : Orna. Deux : Emilia. Trois : Ella. La première vit très mal son récent divorce. Elle s’apitoye sur elle-même, fréquente sans vrai désir Guil, un avocat rencontré sur un site web qui lui ment avec aplomb. Elle connaît brutalement un destin tragique. La deuxième, une réfugiée lettone, auxiliaire de vie, est une pauvre fille solitaire, paumée, mystique. Le fils de son précédent employeur – qui vient de mourir – veut l’aider à trouver du travail. Il s’appelle Guil. Ça ne se termine pas bien non plus. Apparemment, Guil sévit en toute impunité… C’est alors que survient la troisième, l’inquiétante Ella…

Avis : Avec Dror Mishani, je continue ma découverte des polars israéliens. Et quelle découverte !!!

L’écriture d’Une deux trois est originale par trois aspects justement :
– L’auteur s’adresse parfois aux héroïnes mortes,
– Il envisage le monde des fantômes par le truchement de visions visuelles ou auditives des protagonistes,
– Et presque jusqu’au bout, il n’y a pas l’ombre d’une enquête, mais seulement le point de vue des héroïnes.

On suit donc la vie de « Une » qui est Orna, fraîchement divorcée, et qui essaie de continuer à vivre et de s’occuper comme elle peut de son fils, Erann. C’est très bien écrit, vibrant et assez féministe. (J’adore la remise en place de l’Ex par le psy !!!!!). Et on voit arriver sa rencontre avec Guil, par internet. Et sa fin…

Puis arrive « Deux », Emilia, qui s’occupe du père de Guil en tant qu’auxiliaire de vie. Quand son patient meurt, elle le voit en tant que spectre et se tourne vers le Dieu des chrétiens, et un prêtre, Tadeusz, pour y voir plus clair dans sa vie. Et sa fin, à elle aussi…

Enfin, avec le début d’une enquête, apparaît « Trois », Ella. Une « vieille » thésarde qui prend son café au même endroit que Guil…

La quatrième de couverture ne laisse pas de doute sur ce qu’il se passe : Guil est une sorte de serial killer. Ce qui est en revanche surprenant c’est le peu de cas qu’en fait l’auteur, Dror Mishani. Il concentre son récit sur la vie de ces femmes, et leurs interactions avec Guil. C’est très frais de ne pas se concentrer sur le Bourreau.

De même, l’enquête est menée bizarrement et de façon totalement détournée. C’est aussi un vrai plaisir d’y voir une femme de retour de congé maternité et appelée elle aussi Orna. Elle est tenace et elle mène sa vie de femme, de mère et de policière au mieux.

Enfin, le twist de ce roman est vraiment enthousiasmant. De un, car je ne l’ai pas vu venir, mais alors pas du tout… De deux, car il clôt de façon magistrale cette enquête qui n’en paraissait pas une, et que ça fait une sorte de happy end, si différente de l’ambiance ultra lourde (divorce, longue maladie et mort de ceux que soignent Emilia, sensation de solitude des différents protagonistes, et bien sur morts brutales par Guil) que distille l’auteur tout au long de Une deux trois. De trois, car il met à l’honneur des femmes.

Bref, si vous cherchez à changer de style d’écriture, de type d’enquête ou à mêler un peu de fantômes dans vos polars (je précise : plutôt mystique que mal contre bien des John Connolly), et surtout si vous voulez savoir si Ella va s’en sortir et si Guil a eu d’autres victimes, je vous conseille et plutôt trois fois qu’une ce roman policier israélien !!!!

Roman publié aux éditions Gallimard (Série noire) – Traduit de l’Hébreu par Laurence Sendrowicz

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