Je suis ta nuit / Loïc Le Borgne

Je suis ta nuit / Loïc Le Borgne

Couverture de Je suis ta nuit de Loïc Le Borgne

La France, un été, quelque part dans les années 80. Pendant un banal concours de casse-bouteilles, six enfants découvrent un cadavre mutilé, sans lèvres, sans sexe et sans doigts. Et ce n’est que le premier d’une longue série. Pierre et sa bande de copains inséparables sont obligés d’enterrer leur enfance et certains de leurs proches alors que le Puits et l’homme au chapeau haut-de-forme s’emparent peu à peu de leur innocence.

Avis : Je ne sais par où commencer tant Je suis ta nuit est riche. Nostalgie des années 80, enfance, amitié, traumatismes… et autres thèmes dont je ne peux parler pour ne pas spoiler l’intrigue. Mais sachez que l’histoire imaginée ici par Loïc Le Borgne est noire, âpre et violente.

Pierre, aujourd’hui adulte et père d’un grand adolescent, se souvient. Il se souvient de l’été 1980, l’été où lui et ses meilleurs amis ont dit adieu à leur enfance. Pour aider son fils, lui-même en train de vivre la perte douloureuse et incompréhensible d’une amie chère, il décide de s’ouvrir à lui à propos de son sombre passé et de lui offrir son témoignage dans une longue lettre.

Je suis ta nuit trouvera un écho particulièrement fort auprès de tout gosse des années 80 tant le récit de Pierre nous replonge dans l’atmosphère de l’époque. Les références culturelles sont multiples et c’est avec nostalgie et émotion que l’on se souvient de ses propres jeux. Et c’est d’ailleurs là où le roman de Loic Le Borgne frappe le plus fort pour moi : dans la description de cette jeunesse insouciante, dans ces petits bonheurs faciles et innocents, la force de l’amitié qui lie les protagonistes, le pouvoir de l’imaginaire… mais aussi la cruauté du monde adulte qui s’insinue peu à peu, au point de briser cette innocence bénie. La peur, la douleur, la colère prennent ici, littéralement, vie. Cela sonne juste et fort. L’auteur personnifie tous ces sentiments dans un récit fantastique flirtant avec l’horreur. Le Bonhomme Nuit est sorti des ombres pour cueillir les enfants, accompagné de sa ménagerie de l’angoisse.

Un point sur le public auquel s’adresse Je suis ta nuit. J’ai vu plusieurs fois des commentaires selon lesquels il s’agirait d’un livre jeunesse. Je ne suis pas d’accord. Les héros sont peut-être des enfants, mais les thèmes abordés ici sont, encore une fois, loin d’être anodins. S’il est possible de faire lire le roman à un adolescent de 12-13 ans (et pas avant !) mature, cela ne pourrait, et ne devrait, se passer de l’accompagnement d’un adulte.

Le cadavre du wagon, c’était la première bourrasque, mais nous ne le savions pas. Le corbeau serait la deuxième, et la messe, la troisième. Après ces trois coups, le rideau s’ouvrirait et le vent balaierait notre enfance.

Roman publié aux éditions ActuSF (Les 3 souhaits)

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