Zone Est / Marin Ledun

Zone Est / Marin Ledun

Couverture de Zone Est de Marin Ledun

Thomas Zigler n’aurait jamais dû regarder dans la carte-mémoire de sa victime. Ce qu’il y a vu est inconcevable pour les habitants de la Zone Est : une femme, belle, sans artifices et épargnée par le virus. Pourtant, Thomas sait que personne ne peut survivre sans organes artificiels et autres prothèses. Alors d’où vient-elle ? De l’autre côté du Mur qui emprisonne à jamais la Zone Est ? Thomas n’a pas le temps de se poser de questions. Les criminels sans visage pour lesquels il travaille sont déjà à ses trousses. Thomas est bien décidé à sauver sa peau et à découvrir ce qui se trame dans cette communauté coupée du monde. Car ce qu’il a vu, c’est un espoir, un mince espoir…

Avis : Avec cette science-fiction pleine de nanotechnologies, Marin Ledun nous entraine dans un thriller haletant et déroutant.

Certes, cette Zone Est est située dans ma région, entre les Alpes et le Massif Central, mais tout y est devenu étranger à notre temps. Car ce qui fut jadis la vallée du Rhône pour les habitants de cette zone, est maintenant un territoire délabré où les gens se terrent dans des immeubles souterrains, et ne sortent que quand c’est vraiment nécessaire. Un virus a dévasté la terre et ses habitants. Seule cette zone est vivable. Enfin, « survivable ». Car entre le virus qui s’attaque à la peau et aux organes des hommes et les bandes armées qui se sont emparées des différents quartiers de la zone, il n’y a pas vraiment de place pour l’entraide ou la joie. Les hommes ont dû être implantés avec des prothèses de toutes sortes, mais surtout oculaires. Des nanobots coulent dans leurs veines et l’industrie médicale, qui a pourtant laissé échapper le nanovirus, le 18 décembre 2010 à 13h54 exactement, a depuis relevé l’exploit de maintenir la population vivante pendant 30 ans….

Le prologue est palpitant. On est projeté dans ce qui semble être une réminiscence du mur de Berlin avec une humaine biologique qui essaie de passer le mur… qui entoure cette Zone Est. Le problème c’est que les humains biologiques, comprenez qui n’ont aucune prothèse ni aucun nanobot, sont censés avoir totalement disparus… Et ensuite on découvre le personnage de Thomas Zigler, un chasseur de données personnelles (les fameux Donep). Thomas est dans la panade car son dernier commanditaire a ensuite tué l’espion qu’il venait de délester de 4 mois de Doneps. Son matériel génétique est encore sur la victime et il va devoir changer d’identité.

Car ici, dans cette Zone Est, tout le monde a une puce d’identité que l’on peut traquer, et l’on peut se connecter et obtenir un tas d’informations par les prothèses oculaires : températures corporelles, vision nocturne, cartes, dates et heures… vive la connectivité 3.0… Les Donep sont donc une monnaie d’échange ultra recherchées.

Par Thomas, on va ensuite connaitre Stix, un cyborg, Andréa Vinetti, le commanditaire de Thomas et Sylia, la garde du corps de Stix qui est pulpeuse et entrainée à tous types de corps à corps ;). Et on n’oubliera pas Rocket qui va s’avérer être autre chose que ce que l’on a d’abord cru. Ils sont tous reliés par plus que des Doneps. Ils ont des connaissances de la Zone Est qui vont vite devenir dangereuses à détenir.

J’ai beaucoup aimé ce thriller car en premier lieu, c’est de la SF. Il y a des tramways individuels : les Vextus. Il y a les nanobots et les chirurgiens prothétiques, qui font des choses incroyables sur les corps en souffrance. Et il y a cette capacité à arracher les souvenirs, les rêves à un corps. Ce sont les fameuses Doneps. On branche une prise situé à l’arrière des crânes et voilà ! Il y a également un vrai dépaysement de ma région. Mais aussi car Marin Ledun ne nous laisse pas une seconde de répit. Quand ce n’est pas une baston, c’est une fusillade. Quand ce n’est pas une scène d’amitié, c’est une scène de sexe débridée. Quand on croit avoir compris, une nouvelle piste est ouverte.

Vous l’aurez sans doute compris entre mes lignes, tout n’a pas été dévoilé aux habitants de cette zone. Et c’est une belle remise en question de notre société qui nous est offerte en lisant ce thriller. Les Donep et l’ultra connectivité sont un clin d’oeil à notre envie de n’avoir plus à faire nos courses mais que ce soit le frigo qui s’en charge… et un rappel que nos informations personnelles (nos souvenirs, nos rêves et envies) ne devraient faire l’objet d’aucun marchandage. Et la fin, très ouverte mais relativement optimiste, m’a bien plu.

Bref, cette Zone Est est un petit bijou de SF intelligente et post-apocalyptique comme je les aime ; déroutante mais captivante.

Roman publié aux éditions Fleuve

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