Lemmer l’invisible / Deon Meyer

Lemmer l’invisible / Deon Meyer

Couverture de Lemmer L'invisible de Deon Meyer

À la Body Armour, société de protection des puissants, les gorilles sont chargés d’intimider les malfaiteurs – les invisibles, qui ne paient pas de mine, étant des gardes du corps bien plus redoutables. Invisible, Lemmer a fait quatre ans de taule pour meurtre et tente de refaire sa vie lorsqu’on lui confie une nouvelle mission : protéger la belle et frêle Emma Le Roux, patronne d’un cabinet de consultants. Il va la voir et écoute son histoire.
Elle lui dit avoir vu son frère à la télé. Il est soupçonné d’avoir tué un sorcier et des braconniers dans la province de Mpumalanga et serait en fuite. Seul problème : ce frère est censé être mort depuis longtemps. Emma appelle la police et accepte l’idée qu’il s’agirait d’une erreur. Mais, deux jours plus tard, trois hommes essaient de la tuer. Lemmer, qui la prenait pour une folle, décide de l’aider dans son enquête. Qu’elle lui mente sûrement n’a plus d’importance : lui aussi veut savoir…

Avis : Dans ce polar très rythmé, on suit Lemmer, un des gardes du corps de la société Body Armor. Comme le titre du livre l’indique, on sait qu’il fait partie des invisibles, ces gardes du corps qui se fondent dans l’environnement de leurs protégés pour être plus efficaces. Il a comme mission de protéger Emma le Roux. Elle a échappé de justesse à une agression chez elle. Elle pense avoir reconnu son frère, Jacobus le Roux. Plus connu sous le nom de Jacobus De villiers, il est aussi l’ennemi numéro un recherché par la police. Mais il y a un problème, Jacobus Le Roux, est censé être mort vingt ans auparavant.

Dans Lemmer l’invisible, absolument tout m’a plu. Le suspense du début, où l’on ne sait pas si Emma ment ni pourquoi. Le suspense du milieu, où il est très vite question de l’Afrique du sud, et des magouilles politiques envers les terres, les tribus indigènes et les animaux. Et le suspense de la fin, quand on ne sait pas qui va mourir et qui on peut croire.

Les gens mentent. C’était un des phénomènes qui corroboraient la première loi de Lemmer : ne pas s’impliquer. C’était aussi un des principaux fondements de la seconde loi de Lemmer : ne faire confiance à personne.

Mais ce n’est pas seulement suspense qui m’a retenue et encouragée dans ma lecture. Ce sont aussi les personnages complexes, mais si intimement dépeints. Que ce soit la chef de Lemmer, Jeanette Louw – elle est lesbienne, et c’est une femme juste et forte -, les policiers ou les rangers – vus selon leurs codes et leurs manigances mais qui savent aussi veiller au grain -,  les amis de Jacobus de Villiers – qui sont de vrais amis, retors quand il le faut et ouverts quand ils peuvent -, Stef Moller, le milliardaire et Franck Wohluter l’activiste. Tous sont vus par leur humanité et leurs petits travers, mais aussi par leur grandeur parfois, même une serveuse qui n’apparaît que dans un seul chapitre… Les personnages sont denses mais pas pesants.

Et enfin, il y a les paysages sauvages. Des immensités de brousse, des collines rougeoyantes et des arbres de la savane ainsi que les animaux sauvages, puissants, dangereux. Il y a également les tensions interraciales et les tensions de « castes » à l’intérieur de celles-ci. Deon Meyer décrit très bien toutes les nuances et les sentiments des différents personnages ainsi que la société sud-africaine dans son ensemble. Cela a beaucoup apporté à ma lecture et nourri également le suspense.

Voilà, la boucle est bouclée : troisième bonne pioche sur trois dans la cabane à livres de ma ville. Et j’ajoute donc encore un grand écrivain sur ma liste !

Roman publié aux éditions du Seuil – Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Estelle Roudet

2 comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *