Entre deux mondes / Olivier Norek

Entre deux mondes / Olivier Norek

couverture du roman entre deux monde de olivier norek

Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir.
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds.
Un assassin va profiter de cette situation.
Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou.

Avis : Entre deux mondes, c’est bien là où on se trouve quand on lit ce roman. Entre le monde de tous les jours, et celui de l’horreur de la guerre. Celui de monsieur et madame tout le monde, bien calés devant leur télé, et ceux qui font face ou qui sont simplement proches des migrants. On est dans le suspense qu’arrive à forger Olivier Norek avec ce qui ne reste bien souvent qu’un fait divers dans nos journaux.

On plonge avec lui dans la violence plus au moins assourdie de la Jungle de Calais. Il parvient à nous faire découvrir le travail de tous les acteurs de cet enfer (policiers, humanitaires, CRS, douaniers, camionneurs, migrants, passeurs) par ce thriller haletant, humain et violent, à travers les portraits d’Adam, un migrant et de Bastien, un flic qui est muté à Calais.

On suit donc le parcours de la femme et la fille d’Adam (Nora et Maya). Il a dû les éloigner car s’il est flic d’un régime sanguinaire, il mène un double jeu et renseigne la résistance. Elles partent donc sans lui et vont avoir besoin de passeurs et de prendre le bateau en méditerranée pour aller en Italie, puis en France pour, l’espèrent-ils, finir en Angleterre.
Dès les premières lignes du livre, il y a cette phrase, choc : « Ta petite. Tu dois la jeter. » Et croyez-moi, cela ne vous dévoile rien de l’intrigue, mais met une pression terrible au lecteur !

Il y a aussi Bastien, qui vient de demander sa mutation sur Calais pour se rapprocher de sa belle-mère et aider sa femme à surmonter sa dépression depuis la mort de son père. Sa fille, une ado, ne lui facilite pas la tâche. Il est tellement naïf au début puis tellement humain que c’en est frais.

Par un suspense maitrisé, Olivier Norek, nous entraîne aussi à la suite d’Adam qui recherche Nora et Maya sur le sol français dans cette jungle de Calais. Et il y mêle Bastien, qui va devoir choisir entre les ordres et sa conscience. Il y a des meurtres et de potentiels terroristes dans cette jungle et les deux flics vont devoir se serrer les coudes.

Olivier Norek rajoute une couche avec une enquête dans l’enquête et un jeune garçon noir, Kilani. Mais tout s’enchaine divinement bien et met même de l’huile dans les rouages de ce thriller social mené tambour battant.

Sans parti pris, si ce n’est celui de l’humanité, Olivier Norek nous instruit sur les tensions entre ethnies. Sur les illogismes de l’État Français, lorsqu’il faut régler des affaires de délits ou de crimes avec des sans-papiers de la jungle : « Logique, si on refuse de les intégrer à la France, ce n’est pas pour les faire rentrer dans le système judiciaire. »
Il nous oblige à voir l’horreur des traversées de la méditerranée, l’horreur de devoir fuir son pays pour survivre et d’être ensuite traités comme des pestiférés dans le pays des droits de l’homme. Il nous explique la colère des habitants de voir leur région fuie par les touristes et abandonnée par les politiques, la peur des routiers et la haine de devoir fermer les yeux des agents de la BAC. Mais le ton n’est jamais docte.

C’est grandiose et violent, c’est beau d’humanité et vide de sens souvent, c’est un cri pour savoir, comprendre et peut-être changer. Entre deux mondes est surtout un rare moment de lecture : rythmée, dure, exceptionnelle, émouvante et jubilatoire.
Alors, merci Olivier Norek.

Roman paru aux éditions Pocket

 

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