Interview de Philippe Auribeau

Interview de Philippe Auribeau

Auteur et traducteur dans le milieu du jeu de rôle, Philippe Auribeau a également poursuivi l’œuvre imaginée par Pierre Pevel dans Les lames du Cardinal avec L’héritage de Richelieu. Mais c’est de son dernier roman, l’excellent polar fantastique Écarlate, dont il vient nous parler aujourd’hui.

  • De Richelieu à des meurtres sauvages en Nouvelle-Angleterre, l’écart est grand, non ? Qu’est-ce qui vous a inspiré pour Écarlate ?

Écarlate est une histoire qui me trottait dans la tête depuis très longtemps. couverture du roman l héritage de richelieu de philippe auribeauDepuis l’époque où, vieil étudiant sur le retour, j’ai étudié longuement le merveilleux roman La Lettre Écarlate d’Hawthorne. L’idée de m’inspirer de certains éléments pour créer une histoire située au XXe siècle a fait son chemin, petit à petit. Comme j’ai beaucoup travaillé, au cours d’autres projets, sur les États-Unis des années 20-30, tout s’est emboité assez vite. Après avoir terminé l’Héritage de Richelieu, cette histoire s’est imposée d’elle-même.

  • Une des choses que j’ai apprécié dans le roman, c’est que c’est un vrai policier, avec une enquête minutieuse. Comment avez-vous procédé ? Choix du coupable, traitement des indices, construction… ?

Merci ! C’est effectivement, avant tout, un roman policier. D’abord parce que c’est sans doute là ma « sphère ». J’ai toujours dévoré un nombre conséquent de romans policiers et thrillers. J’adore la rigueur des bons romans policiers, la longue et difficile marche vers la vérité et, très important, ce que ça coute aux héros. Personnellement – j’imagine que de nombreux auteurs font ça – je commence par la fin, la scène où je veux arriver. Puis j’écris les grandes lignes de l’histoire en occultant totalement les enquêteurs : ce qui s’est passé, quels ont été les ressorts psychologiques des personnages. Écrire des passages « invisibles » sur le passé des intervenants m’aide à créer des vrais personnages, qui ne commencent pas à vivre quand ils rencontrent les enquêteurs. Le reste, c’est de la rigueur sur le timing, les différents points de passage de l’enquête. Ça implique beaucoup de relecture et de réécriture.

  • Et concernant la part fantastique du roman ? Et pourquoi cet aspect lovecraftien ?

couverture du roman la lettre ecarlate de nathaniel hawthorneD’abord parce que j’adore Lovecraft ! J’adore sa capacité à susciter la peur avec une subtilité que je n’ai vue chez aucun autre auteur. Je souhaitais une part fantastique très discrète, qui peut être une explication mais qui n’est pas la seule possible. L’ambiance lovecraftienne, outre la localisation et l’époque du roman, vient également du fait que certaines œuvres de HPL, comme La Maison de la Sorcière, sont directement inspirées des mythes et superstitions de Nouvelle Angleterre. Ce sont des mythes qui ont été également très présents dans la vie et l’œuvre d’Hawthorne. Et le lien était tissé…

  • Le roman se déroule dans l’Amérique des années 30, alors que le pays peine à se remettre du krach boursier et en pleine prohibition. La mise en place du contexte historique vous a-t-elle demandé beaucoup de travail ?

J’avais déjà longuement travaillé sur les États-Unis des années 20-30, au cours de mes études mais également lors de collaborations sur le jeu de rôle l’Appel de Cthulhu. C’est une période que je suis venu à connaître bien mieux que, par exemple, la France des années 70 ! J’avais donc une bonne base, que j’ai complétée par des recherches spécifiques sur des points de détail (le matériel ou les techniques d’enquête, par exemple.)

  • Les discriminations y ont également une place importante : à l’égard des Noirs, des femmes, des pauvres… Rien n’a réellement changé en fait ?

C’est malheureusement vrai. C’est une dimension importante d’Écarlate, même si ce n’est pas le sujet principal du livre. Le contexte de l’Amérique post-crise des années 1930 est à bien des égards un miroir de ce que nous connaissons (et ce que vivent nos amis états-uniens) près de cent ans plus tard.

  • Dans ce contexte, vos 3 héros se démarquent encore plus, que vouliez-vous faire passer à travers eux ?

En partant sur trois héros au lieu d’un ou deux (le schéma classique des romans couverture du roman ecarlate de philippe auribeaupoliciers), je me suis un peu compliqué la vie, j’avoue. Mais je voulais, à travers eux, montrer en partie le fonctionnement particulier de la société de l’époque. Ce que sont les personnages (leur origine, leur passé, leur classe sociale) entrainent pour chacun d’eux des difficultés spécifiques, en plus des épreuves collectives liées à l’enquête.

  • Qu’avez-vous préféré écrire ? Qu’est-ce qui a été le plus facile et au contraire le plus difficile ?

Je trainais Écarlate depuis tellement longtemps que l’écrire a été un vrai soulagement ! J’ai en particulier adoré mettre en scène les personnages que j’avais imaginés, et les voir évoluer au fur et à mesure des pages, parfois sur des chemins que je n’avais pas envisagés. La principale difficulté a été d’écrire les scènes les plus horrifiques, en particulier la première scène où les enquêteurs découvrent la scène de crime. Je voulais absolument éviter la surenchère d’effets, tout en restant très précis. Ça s’est révélé un exercice très exigeant.

  • Pensez-vous revenir au polar ? Quels sont vos prochains projets littéraire (ou autre) ?

Je reviendrai invariablement au policier. J’ai quelques idées en tête, que je laisse murir. Je travaille actuellement sur un roman historico-ésotérique, qui se déroule dans le Languedoc du XIIIe siècle. Encore un grand écart !

Merci Philippe !

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