Les réfugiés / Viet Thanh Nguyen

Les réfugiés / Viet Thanh Nguyen

couverture du roman les refugies de Viet Thanh Nguyen

Vietnamiens, ils ont fui le communisme à la fin des années 1970 pour s’exiler de l’autre côté du Pacifique, en Californie. Ils vivent entre deux rives, entre pays d’adoption et pays de naissance, pas encore Américains, plus tout à fait Vietnamiens. Certains sont figés dans le passé, hantés par les fantômes, effarés par l’hédonisme occidental ; d’autres veulent aller de l’avant, pour eux, pour les enfants, pour la possibilité d’une autre vie. Pour n’être plus simplement des réfugiés.

Avis : Viet Thanh Nguyen est un conteur né. Il manie les mots avec une éloquence qui nous rend son propos simple alors qu’il manie des concepts complexes. Ses huit nouvelles sont autant de petits pas vers une compréhension de cet état, un peu hors des choses, qu’est « être réfugié(es) ». Cette compréhension vient de la multitude de façon dont on peut l’être, le percevoir soi-même, mais aussi le transmettre aux autres et bien sûr, comment eux-mêmes vont l’appréhender. Ces huit nouvelles sont donc bouleversantes sur bien des aspects.

Femmes aux yeux noirs, la première, est percutante et violente, par les révélations du fantôme d’un frère. Ce que j’ai aimé surtout, c’est la mise en abîme de la vision, par cette femme, du fantôme (qui dégouline sur le plancher car il a traversé à la nage l’océan…) alors que mon côté scientifique y voit la culpabilité et la peine de cette femme de l’avoir perdu…

L’autre homme est déroutante en partie car cette nouvelle ne m’a pas semblé finie… Mais surement aussi car c’est l’histoire d’un réfugié vietnamien gay qui atterrit chez un couple d’hommes en Californie. C’est une histoire décalée et touchante aussi.

Années de guerre fut très intéressante et toujours une ouverture sur une vision pleine de dualité d’être réfugiés : il y en a qui se battent pour que les communistes, qui quittent leur ancien pays, d’autres qui ne veulent pas donner des sous pour cette cause perdue selon eux…et finalement, l’humanité rapproche les antagonistes !

La greffe, quant à elle, mêle une arnaque au sentiment de devoir quelque chose à quelqu’un juste parce qu’on est vivant…

I’d love you to want me est une belle réflexion sur la fin de vie (avec perte de mémoire) et sur le mensonge. C’est triste mais véridique, et aussi magnifique car ce que fait cette femme pour son mari est vraiment de l’amour.

Les américains est la cinquième nouvelle, belle et poétique. Ou comment un soldat noir américain qui a combattu en Asie, mais qui ne s’y sent pas forcément à sa place, a du mal avec sa fille qui veut y enseigner et aider ceux qu’il a combattu naguère. Il y a toujours cette dichotomie des sentiments, la culpabilité et l’honneur, la tendresse et le devoir…

Dans, Quelqu’un d’autre que toi, c’est une histoire d’amour mal commencée et qui se finira (peut-être ?) mieux… mais c’est surtout l’histoire d’une transmission de père en fils. Viet Thanh Nguyen parle toujours de la fragilité et de l’ambiguïté des humains. Un père veut le mieux pour son fils mais il n’est capable de le faire qu’à sa manière brutale qui lui est propre, alors que son fils le comprendrait mieux s’il s’ouvrait un peu à lui.

Enfin, Le pays de nos pères, est sur le mensonge et les fratries. C’est un très beau texte qui montre les émotions et les ressenti(-ment)s de part et d’autres d’une famille, ceux qui ont fuis et ceux qui sont restés. L’auteur est très fort pour nous faire ressentir et parfois anticiper, même avant le protagoniste lui-même, ce qu’il va se passer ou bien ce qu’il va éprouver.

J’ai le sentiment de devoir lire très vite Le sympathisant, son premier roman. Car Viet Thanh Nguyen est un auteur qui porte et fait réfléchir.

Roman publié aux éditions Belfond – Traduit par Clément Baude

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