Protocole gouvernante / Guillaume Lavenant

Protocole gouvernante / Guillaume Lavenant

couverture du roman protocole gouvernante de guillaume lavenant

Une jeune femme sonne à la porte d’une maison dans une banlieue pavillonnaire coquette et tranquille. Le couple aisé qui l’accueille lui donne quelques recommandations concernant leur fille Elena, dont elle aura la charge. La gouvernante sourit, pose les mains bien à plat sur ses genoux, module sa voix, les met à l’aise… En suivant à la lettre le protocole imaginé par l’étrange Lewis, elle saura se rendre indispensable. Elle deviendra la confidente et l’objet de tous les désirs enfouis par cette famille en apparence idéale. Mais cette gouvernante n’est pas seule. Ils sont nombreux comme elle à s’être infiltrés à divers endroits de la société. Les motos vont rugir. Une action d’envergure se prépare et, dans l’ombre, tous y concourent. Alors que le vernis craque et que l’emprise de la jeune femme grandit, la tension se fait de plus en plus palpable. Jusqu’au grand jour.

Avis : Je ne savais pas à quoi m’attendre avec Protocole gouvernante. L’intrigant résumé m’avait attirée et je dois dire que, la dernière page tournée, je ne suis toujours pas sûre de ce que je dois en penser…

Intrigant est vraiment le maître-mot de ce court roman. Que ce soit l’intrigue elle-même ou le style, tout concourt à nous le rendre original. Rythmé par une étrange voix off, omnisciente, presciente même, nous y suivons l’arrivée dans une famille aisée de la gouvernante chargée de s’occuper de la benjamine. Et nous assistons à sa lente, mais sûre et insidieuse, prise de pouvoir. Par petites touches, elle va bouleverser leur quotidien. Et certaines de ces touches sont des plus bizarres : quelle importance revêt la forêt ? Pourquoi détruire la maison ? Et surtout de cette manière-là ?

Le narrateur décrit par le menu les actions et les pensées des personnages. Il s’adresse spécifiquement à la gouvernante, à la seconde personne du pluriel et au futur, tel un journal d’instructions, tel le fameux protocole que celle-ci doit suivre. Un sentiment d’irréalité accompagne la lecture, on ne sait pas où on va. Ce mystère qui entoure les personnages et leurs buts rend le roman très prenant. On est poussé en avant par notre désir d’avoir des réponses.

C’est donc avec une grande curiosité que j’attendais la fin, qui permettrait d’éclairer sous un angle nouveau le déroulé des évènements, de leurs donner un sens. Mais j’ai été déçue par ce que je considère comme une absence de chute. Je ne me suis pas sentie plus avancée à la fin qu’au début. Ce récit déroutant peut aussi bien être la construction d’un scénario que les actes – ou les hallucinations – de révolutionnaires fanatiques. Une révolution qui resterait bien mystérieuse, dont on ne connaîtra ni les enjeux ni les idéaux.

Protocole gouvernante fait partie pour moi de ces objets littéraire non identifiés, qu’il faut lire pour se faire sa propre idée.

Devant vous, sur la table basse, les tasses seront encore pleines et la tisane sera froide, et vous penserez que la vôtre non plus, de vie, ne mène nulle part, comme si quoi que ce soit devait nécessairement mener où que ce soit. Allez donc vous reposer un peu, vous surchauffez.

Roman publié aux éditions Rivages

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