L’inconnu / Éric Cherrière

L’inconnu / Éric Cherrière

Couverture de L'inconnu d'Eric Cherrière

Les plus grandes familles françaises sont réunies au château Dragan pour un double mariage célébrant les unions d’héritiers de la sphère politique et financière. Les invités appartiennent tous au monde des puissants. Tous sauf un. L’Inconnu. Qui n’a pour seule richesse que sa haine.
Une des deux mariées, fille du ministre de l’Intérieur, est enlevée. Neuf mois plus tard, elle est retrouvée plongée dans le coma et sur le point d’accoucher.
Plusieurs années après, une nouvelle vague de crimes vise les mêmes familles… Et l’enfant né de ce drame se trouve irrémédiablement mêlé à l’enquête.

Avis : L’inconnu est un livre violent. Éric Cherrière utilise la violence physique, mais aussi psychique. Et surtout la violence est contenue dans le thème même, si vibrant et ô combien actuel, qu’est la lutte des classes et les écarts de richesse.

L’auteur mêle le passé et le présent, il fait résonner des antipathies centenaires et des abus actuels. Par de subtils flashbacks et un vieux grimoire appartenant à la famille Dragan, Éric Cherrière nous plonge dans le passé plus ou moins proche et sème le doute sur qui sont les gentils et qui sont les méchants.
On est ensuite pris dans le vertige de l’action, de cet inconnu qui terrorise des familles françaises, parmi les plus riches et les plus puissantes. Les Dragan, qui ont le pouvoir (Jacques, le père est premier ministre) et les Lapierre, qui ont l’argent. Enfin, il y a même le bras armé avec la famille Doyen, Léonard, le père, est le patron des flics.

Lors du double mariage (Chance Doyen avec Aurore Dragan, et Luc Dragan avec Marie Lapierre) dont il est question au début du livre, un inconnu qui veut se venger, se faufile parmi les invités et enlève Aurore. Il blesse Chance et rend sa traque impossible. Neuf mois plus tard, Aurore est retrouvée, après bien des cheveux blancs pour Chance. Elle est dans le coma et elle est sur le point d’accoucher. Nait donc Mademoiselle Chance. Car son père, en la voyant se battre pour sa vie, la prénomme comme lui. Ceci n’est que le début d’une longue traque parsemée de rebondissements prenants et enfiévrés. La petite fille est fragile mais elle va aider l’enquête. Il y est question de puits, de prison, d’apprentissage de la torture, d’hélicoptère, de feu et de merde dans des jardins du 16ème arrondissement de Paris. Mais aussi de postière, de prostituées, de gynécologue, de chevaux et de yacht… D’avilissement, de renaissance, de soutien… ou pas. D’humour aussi et de voir plus loin.

L’inconnu a été pour moi une lecture passion. Le traitement de l’histoire est grandiose : l’auteur utilise de nombreux stratagèmes pour nous mener en bateau. Il utilise la violence pour son contraste avec la fragilité de Mademoiselle Chance ou la délicatesse de son père envers elle.

A l’extérieur la tempête a cessé, avalée par l’inconscient d’un enfant qui fait sienne la fureur du monde.
Les scènes de violences sont nombreuses et pas toutes physiques. Il y a la violence des petites gens en prise avec les rouages politiques ou judiciaires (un chapitre digne d’un film, où les firmes d’avocats se refilent la patate chaude pour donner de l’argent à un jeune qui va peut-être perdre l’usage de ses jambes après un passage à tabac non réglementaire, et qui empochent au passage des sommes conséquentes alors que cet argent devrait revenir à la famille du gamin…). La violence dans la description du village abandonné est tout aussi choquante. Il y a aussi, parfois, cette violence de rang, où certains sont obligés de vivre comme le leur dit leur (haut) rang, se marier comme il se doit et se rabaisser pour ne pas perdre la face…

Mais les passages avec violence physique sont vraiment trashs (masturbation sur une brosse à dent à plusieurs, torture sur le yacht ou scène d’orgies…) et ont été un supplice à lire tellement ils sont descriptifs. J’ai également éprouvé une certaine honte à apprécier le mal qui est fait aux personnes abjectes qui profitent de tout et ne veulent surtout pas en subir les conséquences.

C’est là toute la réussite de ce livre. L’inconnu nous est proche malgré l’horreur de ses gestes, et la fin est grandiose dans sa trajectoire bi-directionnelle.

Roman publié aux éditions Belfond

 

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