Au nord du Nord / Peter Geye

Au nord du Nord / Peter Geye

couverture du roman Au nord du nord de Peter Geye

Eide Family, Tome 2

Gunflint, Minnesota, 2017. Prise dans les glaces d’un mariage aux promesses cryogénisées, Greta vacille et trouve une diversion idéale se plongeant dans le passé familial. Une rencontre inattendue et la découverte de l’incroyable destin d’Odd Einar Eid, arrière-grand-père de son grand-père, sur les glaciers du Spitzberg en 1897 vont profondément marquer ses choix.

Avis : Après L’homme de l’hiver, qui m’avait enchanté, nous suivons ici les péripéties existentielles de Greta, fille de Gus. Greta ne semble plus aimer son mari, Frans, et c’est pour mettre au clair leur relation qu’elle s’envole pour la Norvège, où il a une conférence. Mais une fois sur place, elle découvre les accomplissements extraordinaires de son arrière arrière-arrière-grand-père, Odd Einar Eide, tant sur le plan explorateur qu’émotionnel là-bas, Au nord du Nord donc…

Ainsi, comme dans L’homme de l’hiver, Au nord du Nord utilise un schéma de double narration. Celle de Greta qui vit des moments de doutes. Celle d’Odd qui, lui aussi, doit surmonter des épreuves et se découvrir.

C’est encore une fois, une réussite. Tant au niveau du suspense que sur le dépaysement total qu’induisent ces régions glacées et dangereuses mais éminemment bien décrites et rendues somptueuses par Peter Geye.

Les situations sont quelque peu complexes. D’une part une possible séparation qui pourrait blesser les enfants de Greta et de Frans. D’autre part, la perte de croyance en Dieu d’Odd alors que sa femme, Inger croit toujours et ce, en des temps où l’hérésie n’était jamais bien vue. Mais c’est tout le sel de ce roman magnifique : la modernité de certains personnages. Et leurs forces de caractère pour surmonter des situations catastrophiques, dangereuses ou problématiques pour leur propre psyché. Il arrive à rendre des personnages complexes mais sans perdre leur humanité. Il nous fait partager leurs peurs, leurs doutes et leurs fulgurances sans pathos. Même les secondaires sont doués d’une capacité rare : l’écoute. Que ce soit Gus qui apparaît aussi un peu dans ce roman, Stig Hjalmarson qui va faire découvrir l’histoire de Odd à Greta (mais pas que…) ou le journaliste Marcus Graverud, qui interroge Odd à son retour du Spitzberg, ils sont tous remplis d’une humanité bienveillante.

Les deux Eide, Greta et Odd, séparés de plus d’un siècle, sont intrinsèquement liés par les virages de leurs mauvaises ou bonnes fortunes. Et ce fut un immense plaisir de lire leurs parcours semés d’embuches. Au nord du Nord est une ode à notre humanité et à la beauté glacée des paysages nordiques, que ce soit en Norvège, en arctique ou dans le Minnesota.

Le suspense de l’aventure d’Odd ne réside pas dans le fait qu’il ait survécu (puisqu’on le sait assez rapidement) mais bien dans ce que cela a impliqué pour cet homme et de ce que cela changera dans sa destinée. Et le suspense de savoir si Greta va se séparer ou non, n’est pas non plus la question centrale. Mais c’est bien le pourquoi, le chemin parfois violent qu’elle doit suivre et comment va-t-elle le gérer qui est central. Mais pourtant ce roman est rempli de suspense et il est tellement poétique dans ses réponses.

Il ne me reste plus qu’à me procurer les deux autres livres de cet auteur, qui ne sont pas encore traduit. Car je veux tout connaitre de cette famille si singulière.

Et surtout, je veux continuer à sentir les flocons voleter autour de moi ou voir des aurores boréales alors que je lis tranquillement… en France, au mois d’avril… car c’est ce qu’arrive à faire Peter Geye, nous revivons ce que les personnages vivent.

Au nord du Nord est un roman publié aux éditions Rivages – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Maillet

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