Indian café / Billie Letts

Indian café / Billie Letts

Couverture de Indian Café de Billie Letts

Douze ans après l’ouverture en fanfare de l’Indian Café, à Sequoyah, petite ville de l’Oklahoma, l’enthousiasme des débuts est retombé. A l’image de Caney Paxton, le patron, vétéran du Vietnam cloué dans un fauteuil roulant, le café vivote. On y croise toujours les mêmes : Life Halstead, un veuf épris de Molly O, la serveuse ; trois vieux Indiens Cherokees, qui s’y retrouvent pour parler de la pêche et de leur jeunesse ; il y a aussi Wanda Sue, la commère de la ville, Wilma Driver, l’agent immobilier, et quelques autres. Ici, rien ne vient rompre la monotonie d’un quotidien rythmé par les petites histoires et les chamailleries des habitués. C’est alors que, à la veille de Noël, deux inconnus trouvent refuge à l’Indian Café : Vena Takes Horse, mystérieuse jeune femme d’origine indienne, qui sillonne le Etats-Unis en stop, et Bui Kanh, un réfugié vietnamien qui parle à peine anglais. Deux paumés, malmenés par la vie, et porteurs de douloureux secrets, dont l’arrivée va bousculer la vie des habitués, réveillant les peurs et les préjugés des uns, l’amour et la générosité qui sommeillent en d’autres…

Avis : J’ai enfin trouvé des livres qui me paraissaient intéressants dans la cabane à livres de ma ville ! Cela faisait plusieurs fois que je fouillais, mais je ne trouvais rien. Et bien cette fois, bonne pioche avec trois livres et pour l’instant, je ne regrette pas les deux premiers (l’autre est Malefico).

Indian café est un livre éblouissant d’ordinaire. Le patron, Caney Paxton, est un vétéran du vietnam en fauteuil roulant qui ne sort jamais de son café. Sa serveuse, Molly O., vivote dans une caravane en attendant le retour de sa fille, Brenda, 17 ans, partie décrocher la star attitude car elle chante bien. Il y a une agente immobilier, une reine du ragot, le trio indien et Life Halstead qui aime en secret (enfin il est bien le seul qui croit que c’est encore un secret !) la serveuse.

Mais ces gens un peu banals vont croiser la route de deux personnages perdus et improbables secoueurs de torpeur : Vena Takes Horse et Bui Khanh. Vena, une belle indienne, recherche des informations sur sa sœur, Helen. Elle a un lourd passé et n’en parle pas. Bui quant à lui, cherche à vivre dignement et à mettre de l’argent de côté pour l’envoyer à sa femme au Vietnam. Il ne parle presque pas anglais mais c’est un réparateur hors pair. Tous les personnages vont évoluer (ou pas ?) et l’Indian café va être le lieu de beaucoup de chamboulements.

Le ton de Billie Letts est celui d’une amie qui vous raconte une histoire. Une histoire tendre mais avec du mélodrame. Une histoire sur la famille d’à côté mais avec un twist bouleversant. Mais aussi une histoire de racisme ordinaire qui vire à la violence malsaine. Elle tisse des liens entre tous ces gens, qui sont quelconques pour en faire un récit passionnant.

L’autrice sait aussi mettre l’humour là où il faut. Par petites touches, elle trouve les petits noms, les petits fils qui deviendront un leitmotiv doux. Elle utilise le comique de l’incompréhension entre deux personnes qui ne parlent pas la même langue. Mais elle utilise aussi les situations pour décaler son propos. Notamment, la cour qu’entreprend Life auprès de Molly O. est vraiment drôle.

J’ai dévoré Indian café. J’ai souri plus d’une fois et eu la larme à l’oeil plus qu’à mon tour mais il y a pourtant une chose que je regrette. Le titre. Pourquoi changer un titre, « The Honk and Holler opening soon », qui est une des choses les plus rigolotes que j’ai lues dans ma vie, par Indian café, sans avoir gardé la mention « ouverture prochaine » ??? Alors que Caney, le propriétaire, a vraiment mis comme néons extérieurs « opening soon »… et cela va faire 12 ans que ça dur. Dommage…

Mais revenons à nos moutons… Donc, il reste 2 affaires à suivre : lire un autre roman de Billie Letts et voir si le troisième livre que j’ai trouvé dans la cabane à livres, Lemmer l’invisible de Deon Meyer, est aussi bon que les deux premiers…

Roman publié aux éditions Belfond – Traduit de l’américain par Julie Sibony

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