Interview de Morgane Caussarieu

Interview de Morgane Caussarieu

En deux romans, Dans les veines et Je suis ton ombre, Morgane Caussarieu s’est fait connaître pour avoir redonné au mythe du vampire sa noire et sanglante réputation. Elle revient aujourd’hui pour nous sur son dernier né, Rouge Toxic, et les liens qu’il tisse avec ses précédents titres.

  • Lorsqu’on arrive sur votre site, la première chose qu’on peut voir, c’est que « les gentils vampires, ça n’existe pas ». Que pouvez-vous nous en dire ?

« Les gentils vampires n’existent pas », c’était le slogan qu’on avait en quatrième de couv’ de Dans les veines, c’est un peu comme ça qu’on a vendu le livre, en tant qu’anti-Twilight. Je voulais revenir au vampire comme je l’aimais avant qu’il soit aseptisé par la bit-lit. Époque Dracula, Carmilla, ou plus tard, Anne Rice ou Poppy Z Brite. Ces vampires-là étaient des êtres amoraux, et c’était en partie pour ça que je les aimais.

  • Vous êtes d’ailleurs connue pour vos romans sombres, à plutôt réserver à un public averti. Pourtant Rouge Toxic paraît dans une collection jeunesse, et bien que violent, est accessible à un large public. Pourquoi ce changement de cible ?

couverture de Rouge toxic de Morgane CaussarieuAlors tout d’abord, écrire des romans traumatisants, c’est plombant pour le psychisme à la longue. Je crois que j’avais besoin d’un peu plus d’humour et de légèreté. Et puis le Young Adult, c’est un défi intéressant à relever, le rythme et le cool prédominent avant tout, et on peut se permettre des choses moins réalistes. Aussi, je voulais travailler avec un cadre autour de la violence, c’est assez inspirant finalement de s’autocensurer. Ça m’a quelque part permis de me renouveler sur un sujet que j’avais déjà éculé, puisque finalement, ce qui me caractérisait jusqu’alors, c’est que je n’avais aucune limite. Par ailleurs, le monde des adolescents m’a toujours fasciné, et est présent dans la plupart de mes romans. Pour moi les vampires sont des éternels ados, des Peter Pan qui refusent les responsabilité du monde adulte. C’était assez logique d’écrire pour les jeunes. Même, Dans les veines était presque du Young adult, mais il se passait dedans des choses si abominables, que peu d’ados l’ont lu (heureusement!). Et j’avais vraiment envie d’explorer à fond le microcosme cruel du lycée, que j’avais à peine effleuré dans Dans les veines. C’est tout un imaginaire que ça convoque pour moi, de Buffy contre les vampires, aux slashers, aux films de John Hugues. C’est à eux que je pensais en écrivant, même si bien sûr la trame narrative de Rouge Toxic fait de gros clins d’oeil assumés à Twilight et Vampires Diaries. Je tenais à l’ancrer dans son époque.

  • Apparemment, on retrouve malgré tout dans Rouge Toxic des liens avec vos précédents romans, Dans les veines et Je suis ton ombre. Que pouvez-vous nous en dire ?

Oui, tous mes romans se situent dans le même univers. On peut les lire indépendamment, sans forcément ressentir couverture Dans les veines de Morgane Caussarieule besoin de lire les autres, je crois. Mais c’est un peu comme une grande saga. Dans Rouge Toxic, il y a un lien très fort avec Les enfants de Samedi, ma novella publiée au Chat noir dans le recueil Black Mambo. Le personnage de Mama, la gouvernante sorcière vaudou, vient de là par exemple, tout comme le Baron Samedi. La première partie de Rouge Toxic introduit les héros Barbie et Faruk, ainsi que les nouveaux personnages. Mais dans la seconde partie, mes lecteurs assidus ont pu retrouver tout le petit monde qui a survécu à Dans les veines, J.F, le charismatique vampire punk en tête. C’est presque comme une suite, ou un spin off, on voit ce qu’ils sont devenus 5 ans après. Il y a aussi la pauvre petite esclave, Marie-Joséphine de Je suis ton ombre, devenue Maman Gédé, la reine vampire et vaudou de la Nouvelle-Orléans.

  • Mission High, le nom du lycée où se rencontrent Barbie et Faruk est-il un jeu de mots qui fait référence à l’intrigue (la mission de Faruk, la petite particularité de Barbie) ?

Ah ba j’avais jamais fait le lien, mais en effet, ça tombe plutôt bien ! En fait, Mission High est un vrai lycée, il est superbe, ressemble à une basilique espagnole, et j’étais entrée dedans lors de mon séjour à San Francisco pour le visiter. Les bears sont vraiment leur équipe de foot. Tout est véridique.

  • J’ai trouvé Rouge Toxic très visuel. Est-ce que vos études de cinéma ont beaucoup influencé votre manière d’écrire ?

Oui, je pense. C’est d’autant plus visible dans Rouge Toxic, parce que mes références étaient avant tout télévisuelles, Buffy en tête. Je ne puise pas mon inspiration dans mes années lycée en France, mais dans celle de notre imaginaire collectif, américain. Et puis le cadre, San Francisco et La Nouvelle-Orléans, prend une grande place, et ce sont des lieux que j’ai eu la chance de visiter pour ensuite les retranscrire et les mettre en scène.

  • Le récit alterne les points de vue de Barbie et Faruk, pourquoi avoir choisi ce type de narration ?

Pour le rythme, avec des chapitres très courts. Et puis j’aime bien confronter l’image qu’on a de soi, et l’image que les autres ont de vous. Faruk ne serait pas aussi cool/insupportable s’il n’était pas vu parfois par le regard extérieur de Barbie. C’est intéressant que le personnage devienne une créature étrangère juste après qu’on ait été dans sa tête.

  • Les passages consacrés à Faruk sont souvent bien plus longs que ceux de Barbie. Est-ce parce que c’est le personnage avec lequel vous aviez le plus d’affinités ?

Oui, haha, j’avoue que ça m’éclate plus d’être dans la tête d’un vampire, que dans la tête d’une ado à problèmes. Ça fait plus travailler mon imagination. Et puis il me permet d’aborder sous couvert du fantastique des sujets comme l’addiction, ou la sexualité. Mais je n’ai pas délaissée Barbie pour autant, j’ai essayé de la ciseler, de lui mettre une vraie profondeur psychologique, du caractère, et un background (ainsi qu’un pouvoir) intéressant et de m’éloigner au plus possible d’une Bella ou d’une Elena.

  • Qu’est-ce qui a été le plus dur à écrire : la première ou la dernière phrase ? le début ou la fin ?

Le début, le prologue, c’est toujours ce par quoi je commence. Ça paraît bête à dire, mais je suppose que ce n’est pas le cas de certains écrivains. C’est ce qui va déterminer si le lecteur va ou non continuer à lire le livre ou le reposer. Du coup, c’est pour moi le plus important, c’est ce qui me vient en premier. Pour moi il n’y a pas de livre qui tienne si un prologue percutant ne me vient pas. Je vois un peu ça comme ces séquences choc de prégénériques qu’il y avait dans les séries des 90’s. Et ce prologue, je vais le retravailler longtemps, jusqu’à ce qu’il me plaise totalement. La fin, je la connais à peu près avant de commencer la rédaction de l’ouvrage (mais pas dans ses détails), puis ensuite, en avançant, elle commence à couler de source. Ici, c’est une fin ouverte en plus. Je l’ai presque donc vu comme un second prologue pour quelque chose d’autre.

Spoiler alert
  • Les gentils vampires ça n’existe pas, pourtant lorsque Faruk a le choix entre continuer à tuer et limer ses crocs à la fin, il fait ce dernier choix. N’est-ce pas contradictoire ?

Oui, ça l’est, c’est mon côté maso. Et puis, Faruk est une exception, les autres vampires sont irrécupérables. Mais il a quand même fait beaucoup de mal avant de prendre cette décision, et il a rallié la cause vampirique, et non la cause humaine. Il n’est donc pas totalement gentil. On sent bien que se limer ses crocs, c’est en total contradiction avec sa nature, et qu’il regrette déjà à peine est-ce fait. On peut se demander s’il tiendra ses bonnes résolutions dans le futur. Il lui faudra beaucoup de force mentale, ça n’a pas l’air gagné.

  • Une suite est-elle prévue ? Barbie chasseuse de vampires ?

La suite, ça dépendra du succès de Rouge Toxic. Mais oui, j’aimerai bien l’écrire. Voir si Faruk tient ou non ses fameuses bonnes résolutions. J’avais pensé à Barbie contre les vampires, comme titre, ouais, mais je ne sais pas si mon éditeur sera d’accord haha.

  • D’autres projets en cours dont vous souhaiteriez nous parler ?

Oui, en août, j’ai un roman de littérature générale qui sort au Serpent à plumes (Groupe La Martinière), Techno Freaks. Ça parle de pseudo starlettes qui se croisent et se cament dans les clubs techno berlinois sur un week-end de quatre jours.

Merci Morgane !

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