Ma vie de pingouin / Katarina Mazetti

Ma vie de pingouin / Katarina Mazetti

couverture de Ma vie de pingouin de Katarina Mazetti

En croisière sur l’Orlovsky, Tomas et Wilma filent vers l’Antarctique. Lui a élu les icebergs comme lieu idéal pour mettre fin à ses jours. Elle reste d’un inébranlable optimisme malgré le secret qui assombrit sa vie. Sur le paquebot, la globe-trotteuse Alba répertorie les similitudes entre humains et animaux.

Avis : Comme pour Le mec de la tombe d’à côté, j’ai plongé dans cette croisière au bout du monde, qui se révèle être une croisière au bout de soi… Et je ne regrette pas un seul moment ce plongeon !

Les trois personnages que l’on suit, Tomas, Wilma et Alba sont un peu foutraques mais désespérément attachants. L’auteure a d’ailleurs eu une bonne idée ici, car on peut suivre d’autres personnages si on le souhaite, mais on peut également sauter leurs chapitres, écrit en italique exprès pour nous faciliter la tâche . J’ai tout lu évidemment…

Tomas, journaliste, est là pour se suicider car il vient de divorcer, sa femme est partie avec un Musclor américain, en emmenant ses enfants. Wilma, garçon manqué et enseignante, veut profiter des derniers moments de sa vie encore intacte. Et Alba, sexagènaire qui n’a pas la langue ni les yeux dans sa poche, va décrire tous les croisiéristes dans son calepin sous forme d’animaux.

Les observations de chacun des voyageurs sont truculentes, mais aussi très intimes et foutrement questionnantes. Ainsi certains s’inquiètent de rencontrer l’âme sœur, alors qu’ils l’ont déjà sous la main (pas sous la forme à laquelle ils s’attendaient, mais bon…), un autre souhaite tuer son épouse qui vient de le tromper, mais se précipite pour la soigner lorsqu’elle tombe malade. Wilma se questionne sur sa capacité à faire rire et à être toujours l’optimiste de service alors qu’elle aimerait parfois être prise au sérieux. Alba, elle, observe et parfois intervient à juste titre et toujours par petite touche très utile. Elle a cette capacité à voir sous les apparences et à ne pas s’en laisser compter, mais cela ne lui a pas toujours valu qu’une vie facile… Quant à Tomas, il ne prend en aucun cas compte de ses erreurs dans son divorce et préfère tout mettre sur le dos de son ex-femme.

Vous vous en doutez, tout n’est pas rose. On découvre des pans de vie particulièrement tristes et des relations toxiques au possible, mais Alba vient mettre un peu de poésie et permet à certains des prises de recul salvatrices. Et ses comparaisons avec des animaux sont justes et vibrantes. Les descriptions de paysages et d’animaux sont belles, et lyriques. Les escales font rêver mais les noirceurs des voyageurs passés ou présents font relativiser la fuite au bout du monde… Malgré tout, la fin est tendre et optimiste mais moins que Wilma….

J’ai pleuré, j’ai souri, et j’ai aimé plus que tout ce livre bouleversant et éprouvant, mais au combien lumineux et ardent !

Roman publié aux éditions Actes Sud (Babel) – Traduit du suédois par Lena Grumbach

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