La Horde de Contrevent / Alain Damasio

La Horde de Contrevent / Alain Damasio

Couverture de La horde du contrevent d'Alain Damasio aux éditions Folio SFRésumé : Un groupe d’élite, formé dès l’enfance à faire face, part des confins d’une terre féroce, saignée de rafales, pour aller chercher l’origine du vent. Ils sont vingt-trois, un bloc, un noeud de courage : la Horde. Ils sont pilier, ailier, traceur, aéromaître et géomaître, feuleuse et sourcière, troubadour et scribe. Ils traversent leur monde debout, à pied, en quête d’un Extrême-Amont qui fuit devant eux comme un horizon fou.

Avis : Lorsqu’une amie m’offre un livre, je suis généralement confiante. Surtout si elle me dit qu’il s’agit d’un de ses romans préférés. Et qu’elle ajoute « un de ceux qui change la vie ». Et même si elle vous dit qu’il commence par la dernière page, 700ème donc quand même. Ou encore qu’elle rajoute « j’ai dû faire des fiches pour suivre les personnages et ne pas m’y perdre ». C’est une amie, on se dit qu’elle sait de quoi elle parle, qu’elle vous veut du bien.

Alors on commence à lire, à écrire sur les personnages et leur métier pour ne pas avoir à revenir sans arrêt à la page 704 du début qui reprend chaque protagoniste ainsi que leur signe. Car bien sûr les chapitres commencent par le signe de chacun, le nom se serait trop facile. Bref, à faire des fiches. À essayer de faire des schémas de formations pour les hordes… alors qu’ils seront dessinés plus loin dans le livre. Enfin on découvre le marque page qui évite de revenir à la page 704 car tous les noms sont repris sur celui-ci, et là cela change tout.

Cela et le fait qu’Alain Damasio parvient à inventer un monde, pas facile mais beau, rude et totalement différent du nôtre. Il imagine un langage où les méduses tombent du ciel, où les chats sont volants, et où on « décramponne » quand le vent est trop fort. Et même où certains ont un groin à la place du nez. Avec chaque personnage, tous plus haut en couleurs et en sons que les autres, il a même réussi à mettre un rythme. Rythme de phrases, des termes, d’éructations, d’esprit et de visions mentales.
Nous verrons plus tard que le rythme, musique douce à nos oreilles et nos yeux de lecteur aura plus d’un sens. Et que par lui, se crée quelque chose de l’ordre du sensationnel.

Les vents ont donc des petits noms doux ou poétiques : vent foudre, effet lascini, slamino, alors que la horde se bat littéralement contre eux. Cette bataille est inégale, rude et vraiment bluffante. Le Golgoth qui mène la horde porte bien son nom. Il a décidé de suivre la trace directe ; c’est peu dire que les contournements, il ne connait pas. Je ne vous cache pas que cela apporte tout le sel de cette histoire. Avec sa grande gueule et sa passion pour les embrouilles, il va emporter sa horde de défi en cavale et des bas-fonds aux sommets.

Deux passages sont extraordinaires : les fréoles et le volcan vers la fin. J’ai vécu immergée dans ses deux combats, à en sentir les tensions, les revirements et le chemin parcouru par la horde du Contrevent à ces moments-là. Mais j’ai su apprécier également le corroyeur ou la tour fontaine, les jeux de mots du troubadour à Alticcio ou ailleurs…

La fin a été pour moi comme un peu soufflée d’avance, mais peut-être n’y verrez-vous que du feu. Elle ne m’a pourtant pas déçue.

Des phrases telles que « Nous sommes faits de l’étoffe dont sont tissés les vents » et « la neuvième forme tue à coup sûr le chameau » sont d’une poésie et d’une beauté rare. Elles ne peuvent exister que par l’imagination, et la rigueur de cet auteur, que dis-je, ce conteur, ce troubadour, ce magicien extraordinaire qu’est Alain Damasio.

La horde du Contrevent mérite vraiment de passer outre le besoin d’avoir un pense bête au début, et de se laisser prendre par l’histoire, de se laisser embarquer par ce road-movie pédestre qui a de la gueule, de l’allure et des « amitours » (amitié-amours). On y trouve un rythme entrainant, lancinant qui vous rappelle à chaque page pour continuer la lecture.

Alors bon vent !

PS: et si le doute vous prend parfois, sachez que je confirme, il faut toujours écouter ses amis, et cet ovni de livre en est l’ultime preuve. Merci copine 🙂

Roman publié aux éditions Folio (SF)

12 comments

  • Chouette chronique ! J’ai lu ce livre y’a de ça deux ans et quand j’y pense, je suis toujours soufflée. Ce fut une belle claque littéraire comme on en a rarement, et ta chronique lui rend tout à fait hommage, je me suis replongée dans ma lecture à travers elle 🙂

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  • J’ai adoré ce livre aussi. Il y a une vraie poésie, une histoire superbe sur la fraternité, la solidarité et la détermination.
    Cette année, je vais lire La zone du dehors du même auteur.

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  • Je classe ce livre parmi ceux qu’il faut au moins avoir lu dans sa vie. Il n’avait pas été un coup de coeur me concernant, la lecture n’avait pas été si facile et appréciable de bout en bout mais on peut être fier quand on a découvert la plume d’Alain Damasio et surtout d’être arrivé au bout du récit. Ta chronique rend hommage d’une très belle manière à cet auteur. Ta copine t’avait averti avec sincérité sur cette lecture, tu peux la remercie ^^.

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  • C’est un ouvrage qui m’a toujours tenté, il m’intrigue, mais comme je suis toute jeune dans la lecture de la SF, que je commence à apprécié, j’ai toujours été frileuse pour le commencer, peut être un jour …

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    • lisou

      tant mieux! j’ai eu du mal a débrouiller tous mes sentiments, mes sensations presque de cette lecture., je suis ravie si elle peut servir à se remémorer ce magnifique roman.

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