Les Zazous / Salva Rubio & Danide (intégrale)

Les Zazous / Salva Rubio & Danide (intégrale)

couverture de la BD Les zazous tome 1 de Salva Rubio et Danide

En 1940, Paris est occupé. Les nazis instaurent en ville un climat de terreur, diffusent la haine et s’attaquent au moindre espace de liberté, allant jusqu’à interdire les soirées jazz et la mode flashy. Fred observe la capitale pleurer mais ne ressent rien. C’est un réfugié espagnol, gamin des rues, ce pays ne lui a jamais rien apporté. Il n’a que la survie de sa sœur en tête. Pour l’argent, il devient indic et infiltre un groupe qu’on suspecte d’être lié à la résistance : les zazous. Ce sont des danseurs, des musiciens, des rebelles dans l’âme qui rejettent l’autorité par amour du défi et esprit de contradiction. Au contact de ces intelligences vives et de ces passionnés extravagants, Fred va changer… La jolie Willa n’y est certainement pas pour rien, mais c’est aussi une nouvelle famille qu’il s’est trouvé. Pourtant, dans un tel contexte guerrier, le batifolage et la frivolité devront bientôt faire face à la cruelle réalité.

Tome 1 : All too soon

Au départ, j’ai totalement craqué pour la superbe couverture de Danide. Gaie, très colorée, avec ce couple qui danse, semblant insouciant… au milieu de la violence insidieuse des fusils et de cette imposante croix gammée… Êtes-vous prêt à rencontrer les Zazous ? Frankie lui, ne l’était pas.

Le 14 juin 1940, l’armée allemande défile dans Paris occupé. Sur les toits, un jeune homme les observe de loin, sombre et fataliste. C’est Frankie. Il ne le sait pas encore, mais sa vie va bientôt changer. Pris en flagrant délit de vol à la tire, il n’a qu’une solution pour échapper à la prison : s’infiltrer parmi les Zazous, une bande de jeunes qui se réunissent pour danser au son du jazz. Seul parent pour s’occuper de sa petite sœur, il s’estime chanceux et accepte sans hésiter cette opportunité de s’en tirer à bon compte. La mission, même, pourrait être agréable. Les Zazous sont pleins de joie de vivre, leur style et leurs manières défient l’autorité, mais tout ça reste très gentil.

Danser, c’est résister. S’amuser, c’est résister, se revendiquer zazou, c’est résister.

L’arrestation de l’un des leurs par les Allemands va tout bouleverser. Les avis écarlates commencent à fleurir et leur rappellent amèrement que malgré le calme apparent de Paris, la guerre est bel et bien là. Ces adolescents qui ne voulaient que s’amuser, rire et danser, tout simplement vivre leur jeunesse, vont finir d’embrasser leur action de résistance et malgré eux entrer en politique. Car pour le nouveau régime, ces jeunes vêtus de tenues amples aux couleurs criardes, qui défient si honteusement l’autorité et l’austérité ambiante, sont un affront intolérable.

L’éclat des couleurs nous emportent, celles, chatoyantes des Zazous et de l’insouciance, avant de céder la place aux teintes sombres des couloirs de police, de l’angoisse et de la peur. Frankie, avec son costume jaune poussin, se distingue et ressort d’autant plus, lui l’outsider, le nouveau, la taupe, pris entre 2 feux.

Le récit de Salva Rubio ne laisse aucun répit, dessinant le portrait d’une jeunesse maltraitée mais qui n’est pas prête à baisser les bras, de la vie sous l’occupation et de la collaboration policière qui participe, de manière générale, à réprimer la population. Jusqu’à ce terrible final, en plein cliffhanger.

J’aurais espéré plus de scènes de danse, mais là réalité va très vite se rappeler au bon souvenir de nos Zazous. Une playlist, concoctée par les auteurs, est malgré tout proposée comme fond musical pour accompagner la lecture et swinguer avec les personnages.

En fin d’ouvrage, Salva Rubio étoffe le titre d’un dossier de 7 pages, sorte de « guide de lecture » pour remettre le récit en contexte, et rappeler la vérité historique. Car si les personnages sont fictifs, les auteurs se sont appuyés sur des recherches solides pour décrire au plus près la vie des parisiens sous l’occupation.

Agréable et instructif.

Tome 2 : You don’t know what love is

Les zazous sont de retour ! Avez-vous le cœur bien accroché ? Préparez-vous, car vous ne ressortirez pas indemne de cette lecture…

20 janvier 1942. Dès la première page, Rubio et Danide annoncent la couleur : nous voilà transportés à la conférence de Wansee où les nazis décident très tranquillement de la « solution finale à la question juive ». Avec la France, comme première étape… Travelling arrière, retour à Paris où nous retrouvons nos zazous là où nous les avions laissés, face à une troupe de militaires allemands venus les débusquer dans leur repère.

Un système toujours plus répressif (jusqu’à qualifier les coupes longues « d’atteinte à la sécurité nationale ») pour enfermer la jeunesse rebelle dans un étau. Cette jeunesse qui représente un défi à l’autorité, un défi qui ne fait même pas semblant de se cacher, mais qui au contraire arbore fièrement ses couleurs. Un défi que l’Allemagne nazie, et à travers elle la France soumise, la France qui a peur, la France qui adhère à la propagande fasciste, ne peut tolérer. La différence et l’individualité sont proscrites. Sauf si c’est pour marquer les juifs de cette terrible étoile jaune…

– Mais notre famille est française.
– Plus maintenant, ma chérie. Désormais, nous ne sommes plus que des juifs.

Jeunes contre jeunes, les zazous face aux jeunesses populaires française, dans un monde profondément corrompu. La collaboration du peuple, de la police, de la culture. Un engrenage terrible et fatal. Mais comme Rubio et Danide ne manquent pas de le rappeler, tous ne se sont pas laisser embrigader, parmi les jeunes, mais aussi parmi les Allemands. Que faire ? Résister et prendre le risque d’être sévèrement puni ? De mettre en danger ceux qui dépendent de nous ? Au milieu, Frankie et Paulette, son amie juive, sont au cœur de la tourmente.

L’ambiance est lourde, le récit tendu et de plus en plus dramatique. Les auteurs ne cachent rien de l’horreur de cette époque, fini le temps de l’insouciance, de la fraîcheur. Répression, violence. Un nouveau paradigme qui culmine dans la si tristement célèbre rafle du Vel d’hiv. Le jeu de couleur, d’ombres et de lumière, encore une fois judicieusement utilisé et démontré dès la première scène qui baigne dans un camaïeu de rouge tout à fait diabolique, achève de nous plonger dans cette terrible marche funèbre.

Vous pensiez que les jeunes allaient se contenter de regarder sans réagir ? C’est vous qui avez décidé de vous rendre, pas nous ! Tout est de votre faute !

A nouveau, le titre s’enrichit d’une longue postface explicative rappelant la vérité historique, d’une playlist et d’une bibliographie.

Les fascistes voulaient leur peau. Alors les zazous ont décidés de leur montrer qu’ils allaient la vendre très chèrement.

Pour terminer sur une note un peu plus positive, j’ai adoré le clin d’œil à Il était une fois en France (excellente série que je vous recommande chaudement)

Tome 3 : Every time we say goodbye

Après la terrible fin du tome 2, où la guerre dévoilait ce qu’elle a de plus moche sous les arches du Vel’ d’hiv, je me sentais comme sur des charbons ardents, dans l’attente du grand final. Qu’allait-il arriver à Frankie et Lionel ? Lola avait-elle pu s’échapper ? Et Willa ? Son père pourrait-il, cette fois, la sortir du pétrin ?

Bon. Je suis un tout petit peu déçue. Attention, ça reste très bon ! J’aime toujours autant les personnages, c’est prenant, la tension et les risques sont bien présents. L’émotion aussi ; plusieurs fois, j’ai senti ma gorge se serrer. Mais il y a aussi beaucoup d’ellipses temporelles, qui rendent les évènements un peu frustrants (on est quand même passé de 60 pages à 48 et le dossier historique a été supprimé).

Rubio revient sur les évènements marquants de la fin de la guerre : l’attentat contre Ritter et les représailles qui ont suivies, les questionnements sur le débarquement et bien sûr l’entrée dans Paris, cette libération tant attendue. Et il le fait avec tout son talent pour l’écriture. En quelques pages, il parvient à brosser un portrait parlant de cette époque, avec ses espoirs mais aussi toute son horreur. Danide, toujours parfait, y apporte la force de son trait, la passion de ses couleurs.

Pour beaucoup, avec la libération sonnait également l’heure de la vengeance. Quatre années sous haute tension. Quatre années d’humiliations… de pénuries, de ressentiments… Quatre années de douleur et de résignation… l’heure était venue de rendre des comptes. Mais de la justice à l’indignité, il n’y a qu’un pas.

Malgré cette pointe de frustration sur le dernier tome, Les zazous est une série extraordinaire, qui me marquera longtemps et que je ne peux que recommander à n’importe quel amateur de bonnes BD.

Les Zazous de Salva Rubio (scénariste) et danide (dessinateur) est une bande dessinée en 3 tomes publiée aux éditions Glénat – Traduit de l’espagnol par Lise Gallot

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