Maus, l’intégrale / Art Spiegelman

Maus, l’intégrale / Art Spiegelman

Présentation de l’éditeur : Maus nous conte l’histoire
de Vladek Spiegelman, rescapé de l’Europe d’Hitler, et de son fils, un
dessinateur de bandes dessinées confronté au récit de son père. Au témoignage
bouleversant de Vladek se mêle un portrait de la relation tendue que l’auteur
entretient avec son père vieillissant.
Avis : Cette BD est le témoignage poignant d’un père à
son fils. Le récit est fait sur un ton froid et ce détachement est assez
surprenant. Mais il s’explique certainement par la volonté du père de se
distancer du récit qu’il fait, et des événements qu’il a vécus pendant la 2nde
guerre mondiale.
J’ai d’ailleurs eu beaucoup de mal au début à supporter
Vladek, car il apparait comme un homme des plus antipathiques. Il est suffisant
et ses réactions assez méprisables m’ont souvent rebuté. Ainsi, au moment de
sceller ses fiançailles avec Anja, il décide de fouiller ses affaires et
regarder son armoire pour savoir qu’elle épouse elle fera et si elle est
ordonnée.  Et lorsqu’il trouve des
médicaments sa réflexion est : « si elle est malade, alors je n’ai
pas besoin de ça ! » C’est vraiment une réaction épouvantable qu’il
ait pu avoir. De plus, les agissements et les paroles qu’il a envers sa seconde
épouse sont également assez répréhensibles et détestables. Cette présentation
de Vladeck m’a laissé voir un personnage qu’il est dur d’apprécier et pour qui les
sentiments ne semblent pas diriger ses choix. Pourtant, la suite nous prouvera
bien le contraire.
Bien que je n’aie pas aimé la personnalité de Vladeck, on ne
peut, par contre, ne pas être touché par son histoire. Les événements vécus par
cet homme sont tellement horribles et effrayants, qu’on en a la chair de poule
tout le long de notre lecture et on ne peut qu’être impressionné par sa force
de caractère. Il a eu, tout le long de cette guerre, une volonté de fer, qui a
été plus forte que les misères et les mauvais traitements subis. Et c’est grâce
à sa roublardise, à son intelligence et à son esprit toujours sur le qui-vive
qu’il a survécu et qu’il est là pour raconter les faits. Ces derniers sont
retracés par un dessin vif qui rend encore plus marquantes les horreurs
commises pendant cette guerre. On a tous lu ou vu des livres ou des films sur
le sujet, mais ces images figées retraçant ce génocide m’ont davantage choquée,
car les scènes de violence sont arrêtées dans le temps et s’impriment
doublement sur notre rétine.
Ce témoignage, en plus de montrer le parcours d’un jeune
polonais juif des premiers jours de la guerre à la libération, révèle également
un homme traumatisé qui, à la fin de sa vie, ne peut s’empêcher de gémir encore
pendant son sommeil. Ce que j’ai trouvé également intéressant dans cette BD,
c’est que l’auteur ne se contente pas de montrer les horreurs des camps, mais présente
les dures épreuves subies par Vladek et Anja avant leur déportation : les
trahisons, les cachettes, les vains espoirs, etc. Même si le récit est abrégé,
on devine la durée de leur souffrance, leur longue descente en enfer jusqu’à la
libération, bien longue à arriver. Mais celle-ci ne signifie pas pour autant la
fin des ennuis et des malheurs, car certains juifs polonais en rentrant chez
eux n’ont pas été accueillis les bras grands ouverts, malheureusement.
Le récit est dur et violent, et montre la nature humaine
sous son jour le plus vil. Il y a vraiment trop de souffrances et d’horreurs
vécues par un seul homme. On n’arrive pas à croire qu’il ait pu survivre à tout
cela. Mais c’est son côté espiègle, malin, ses combines, ses astuces et son
bagou qui lui ont permis de faire face à tous ces mauvais traitements, à se
sauver et à rester en vie envers et contre tout.
Malgré des débuts déstabilisants, j’ai vraiment été émue par
ce témoignage qui montre un homme marqué à jamais, qui essaie de se
reconstruire après de tels événements et tant de souffrances. Il révèle
également la volonté d’un fils de mieux comprendre son père et de se rapprocher
de lui. Un récit bouleversant retraçant un drame humain, qui n’a pas fait que
toucher le père, mais qui pèse également lourdement sur les épaules du fils.

Édité par les éditions Flammarion.

2 comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *