Petite pianiste prodige, Verochka grandit à Erevan dans une famille d’intellectuels communistes, au milieu des livres, des certitudes idéologiques et de la musique qui lui ouvre un autre horizon. Mais lorsque, en 1991, l’Union soviétique vacille, son univers se fissure et l’Histoire s’invite dans chaque foyer. La population crie famine. On brûle les livres pour se chauffer. La rue est le théâtre de violentes manifestations. Pénuries et guerres larvées sont la conséquence de l’effondrement du régime communiste à venir…
Avis : Ce livre, d’ailleurs magnifique objet, est le premier de la sélection du prix des lectrices de VOXE que j’ai reçu dans ma boite aux lettres. J’étais tellement émue de participer à ce prix qui récompensera en décembre 2026 une autrice francophone et qui parle de féminisme. (lien vers ma chronique sur ma participation au prix)
J’ai tout de suite commencé sa lecture et je dois dire que si j’ai été impressionnée par le rythme, la forme et les descriptions de Marina Yaloyan, je suis passée totalement à côté des personnes.
L’autrice nous a raconté en visio, que l’histoire de La petite pianiste d’Erevan est celle de millions d’enfants, jeunes et adultes qui sont passés du monde soviétique à celui du capitalisme et donc à une certaine récession et parfois chaos qu’entrainent des changements aussi drastiques. Et la sienne y est liée intimement aussi.
Tout commence par un retour aux sources, Verochka, en 2025 et alors en pleine force de l’âge, sa mère en fauteuil roulant et les cendres de son père, atterrissent en Arménie après l’avoir quitté depuis si longtemps pour avoir été concertiste dans le monde entier.
Et cela entraine une nostalgie et une recherche des vieux bâtiments ayant abrités l’enfance de Verochka. L’autrice arrive à convoquer de telles images, décrites de si jolie façon, que j’ai adoré certains passages. Et elle manie le français tellement bien, alors que c’est sa 3eme ou 4eme langue. Elle nous entraine dans ce dépaysement en utilisant très souvent les mots en russe ou arménien. Ce qui a ajouté du charme et de l’immersion dans ce roman et ce pays inconnu pour moi .
« c’est la musique de l’Univers, quand il est né et quand il se meurt, avec le souvenir de ce qui était avant nous, au-delà même de l’infini : le souvenir des soleils éternels, les silhouettes des mondes disparus, les joyaux des citées oubliées… »
Ainsi nous remontons le temps avec Verochka, jusqu’à cette année fatidique entre Décembre 1991 et Décembre 1992 qui vit donc la fin d’un bloc politique et celui de son monde enfantin en Arménie.
Entre l’apprentissage de l’éloignement ou de la mort de proches, des manifestations sanglantes dans la rue et ses parents qui se disputent souvent, Verochka va devoir composer avec son tempérament et ses envies. Elle qui n’aimait pas l’école a le droit de ne plus y aller pendant un certain temps mais vient ensuite le retour de la musique dans sa vie : le piano va être une porte de sortie pour elle et sa famille, hors d’Arménie.
Avec les passages dans les rues, au marché, dans la datcha, dans les immeubles d’habitation de type « Kroutchetchevki » ou au parc que Verochka aime tant, l’autrice nous transporte dans ces temps et ce lieu si dépaysant et de façon presque synesthésique. J’ai vraiment eu l’impression de sentir le froid intense lors de la manif, la tristesse des arbres et de cette petite fille qui les découvre coupés et saccagés derrière le brouillard car les gens mourraient de froid et ont fait feu de toutes choses (y compris les livres !!!).
« Au début du printemps, le parc endormi commence à bailler et à se réveiller lentement, un peu honteux, décoiffé, légèrement vêtu par la dentelle déchirée de la neige qui fond. Les toboggans de glace disparaissent .»
Les différences entre ses 2 grands-mères sont incroyablement décrites. Les dissensions entre les parents aussi. Pourtant malgré ce talent pour camper un lieu, des évènements et des souvenirs, j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans ce livre.
Aucune empathie ne m’a prise pour aucun des personnages sauf peut être un peu pour la mère de Verochka. Et je pense que cela est dû en partie par la non nomination des personnages avant tard dans le roman et aussi car je n’ai pas vu de lien entre la Verochka actuelle et celle de l’époque. Ce lien me manque d’autant plus depuis que l’autrice nous a appris que ce roman pourrait être le premier d’une trilogie qui devaient se nommer « les enfants de la Perestroïka », ce que l’éditeur a fait changer pour le public français. Nous n’aurions pas été assez sensibles à cette période grandement méconnue pour nous.
Bref, malgré un talent certain pour les situations et les descriptions, ce premier roman de Marina Yaloyan, m’a laissé sur ma faim ! Peu de lien avec les personnages et surtout celui de la petite pianiste ! Un roman où la musique n’est très étrangement vraiment révélée pour Verochka que par le travail des quelques mois avant son concours en octobre… l’autrice nous a dit vouloir parlé de talent mais cela m’a, du coup, peu touchée.
« Subitement, (la ville) parait tellement loin de mes rêves, de ma propre vie jeune et victorieuse, que je ne peux m’empêcher de penser à quel point c’est étrange… qu’une mort, un concert et la fin d’une simple fantaisie enfantine suffisent à me rendre heureuse… »
Il me reste pourtant encore une chose à vous dire. Puisque le prix VOXE doit récompenser le féminisme dans les romans sélectionnés ou en tout cas une voix sur ce sujet; je me dois de vous prévenir, ici le féminisme ne se voit pas, pour moi, au premier regard. D’ailleurs il est plutôt à trouver en miroir de la possibilité pour Verochka de partir quand sa mère ne le peut pas… et que le poids des habitudes, du regard des autres ou de la place de chacun dans la société rendaient impossible pour quelqu’un de vivre selon son cœur à cette époque. Il y a aussi le personnage de la tante de Verochka qui en dit long sur les choix que doit parfois faire une femme.
Cela dit par rapport au livre suivant que j’ai lu, la condition féminine de cette époque n’est finalement qu’effleurée…
Je vous encourage donc à vous faire votre avis par vous-même ! Pour ma part, je suis sûre qu’il va y avoir d’amples discussions avec les autres lectrices qui voteront pour ce prix VOXE !
Roman paru aux éditions Albin Michel.











