Mais qui est réellement Sawsan ? Professeure de danse, amante discrète et amie évanescente, elle a surgi un soir dans la vie de la narratrice alors que celle-ci travaillait derrière le comptoir d’un bar parisien. La jeune femme est immédiatement fascinée par l’aura de la danseuse, une obsession qui ne va cesser de se nourrir de la curiosité et du désir qui croît en elle. Elles se revoient après cette soirée, se rapprochent, mais derrière l’énergie hypnotique de Sawsan semble se dissimuler un soleil noir difficile à déchiffrer.
La barmaid a du mal à trouver sa place dans cette relation, et cela la renvoie à ses propres angoisses sociales : on lui reproche de trop s’effacer, de ne pas imposer ses choix, de plier face à la violence masculine qui régit son groupe d’amis. Mais alors que l’arrivée de Sawsan bouscule entièrement sa vie, elle ne réalise pas encore que certaines histoires d’amour sont bien différentes de celles auxquelles on aimerait croire…
Avis : La vraie vie de Sawsan (prononcer s-a-ou-ss- a-n-e) est vue en partie de l’extérieur par une fille (ou peut être est ce un garçon, du nom de Henri, qui s’identifie à une fille ?).
« qu’elle glisserait sur ma chair virile entre deux genres. Je me suis crue affranchie du regard masculin…Affranchie tu parles. »
La narratrice, dont on ne connaîtra même pas le vrai nom, est sortie d’une relation toxique avec Edouard. Et rencontre Sawsan au bar où elle travaille de nuit. Sawsan donne des cours de danse et la narratrice en tombe amoureuse.
« Sa voix est légèrement grave, son odeur m’envahit maintenant qu’elle me parle, un mélange de bergamote et de peau, j’en profite pour prolonger l’échange, accrochée a l’idée de faire durer l’instant, à l’envie de la faire rester là près de moi, rassurée par le zinc entre nous »
Mais la relation qui s’installe est pleine de non dits. La narratrice est figée dans son habitude de ne pas déborder, de satisfaire les besoins de l’être aimé au-delà du normal et Sawsan a un secret.
« Pendant ce temps, lui dort paisiblement, d’un sommeil tranquille, d’un sommeil que rien ne viendra déranger, parce qu’elle ne parlera pas. Elle ne parlera pas, et personne n’en saura rien. »
Alors la toxicité des pensées et des actes de l’une et l’autre, va empêcher toute vraie relation de prendre place. Et mener à l’horreur. Ce livre est une suite de K.O. moraux et littéraires. D’une écriture ciselée et acérée, Salma El Moumni livre non pas une mais deux histoires de vie terribles et douloureuses. On prend en pleine face des punch-line : « Ça doit être dur de désirer ce que l’on craint. » On subit coup de boule et uppercut, quand le temps est à la compréhension par l’agenda de Sawsan ou aux explications de la narratrice. Que la vraie vie de Sawsan , n’est malheureusement pas celle que pense la narratrice. Ce livre est magnifiquement beau (et pas seulement d’extérieur : j’adore le bandeau très chic) mais il est aussi très dur au fond et dans la forme !
« Qui ne pourra plus sortir qu’en larmes silencieuses que je m’autoriserai à vomir plus tard dans les toilettes. »
Et ce roman est tellement ancré dans le XXIème siècle! Le genre y est questionné même si c’est peut être plus un moyen de brouiller les pistes pour l’autrice qu’une réelle vérité pour la narratrice. Les relations sont toxiques grâce au téléphone portable qui est un outil de plus pour rejeter. Le mal être des jeunes y est palpables avec une difficulté et une peur de communiquer.
« Ta gueule je pense, en lui souriant, écœurée et sans clés, je réalise que je ne suis décidément pas un homme et que Sawsan ne m’a décidément toujours pas écrit. »
Je ne sais toujours pas vraiment si je vais soutenir ce roman lors du prix des lectrices. Car l’opacité et le peu d’information que dévoile l’autrice en font un livre qui laisse un peu sur sa faim…mais on a quand même à faire à une pépite … abrupte et violente certes mais une pépite tout de même !
« La sensation de crise d’angoisse qui suit cet appel est très étrange, les pieds ancrés au sol j’ai quand même l’impression de tomber, tomber, tomber.[…] le plus douloureux est le cœur qui bat dans le corps entier, du cou au ventre, aux cuisses, le cœur qui déchire les tempes,qui tape contre les cavités, la violence des coups. »
Roman publié aux éditions Grasset.











