Hudson River / Joyce Carol Oates

Hudson River / Joyce Carol Oates

Couverture de Hudson RIver de Joyce Carol OatesEn sauvant une fillette de la noyade, Adam Berendt décède dans l’Hudson River. Sa disparition ébranle la petite société de Salthill où il résidait. Adulé, désiré, jalousé… Qui était-il vraiment ? Un sculpteur sans passé connu, un personnage en quête d’absolu au-delà des conventions. La mort ne rend ni meilleur ni pire : elle exhume les secrets, les non-dits. Pour Adam comme pour ses voisins…

Avis : Hudson River est un roman qui commence lentement avec des envolées lyriques, mais qui mérite vraiment de persévérer. Car j’ai ensuite été sous le charme d’un rythme plus soutenu lorsqu’il le fallait (scène de presque sexe) et d’un humour décalé, corrosif et noir qui m’a enchantée.

La bestialité (plus ou moins bien cachée) de tous les personnages et leurs faux semblants m’a rappelé J.K. Rowling et son Une place à prendre. Mais là où Zina a trouvé trop de noirceur, j’avais aimé cette violence et justement le boomerang qui revient sur les « méchants ».

Dans Hudson River, les gens ne sont pas méchants mais « juste » mesquins et englués dans leur routine et leur richesse. Ils se sont laissés dicter leurs choix de vie il y a bien longtemps, et la mort d’Adam Berendt, qui n’est pas vraiment des leurs, mais qui a vécu parmi eux et qui bouleversait un peu leur monde, va aviver les tensions et faire resurgir leurs rêves et envies.

On y suit donc les amantes mais également les amis masculins de cet homme. Joyce Carol Oates utilise le terme d’amante alors qu’il n’a jamais couché avec aucune d’elles, mais elles en étaient amoureuses et rêvaient de le mettre dans leur lit. En ce qui concerne les amis d’Adam, ils ne se considéraient pas forcément proches de lui quand il était vivant, mais vont voir leur vie remise en cause par leurs propres idées de ce qu’Adam dirait de leurs actions. C’est assez métaphysique et philosophique.

Il y a des scènes burlesques, des scènes violentes (surtout verbalement), mais ce sont les fuites plus ou moins loin de Salthill-on-Hudson qui sont les plus jouissives. Marina fuit l’avocat d’Adam. Augusta fuit son mari à la recherche du vrai Adam, car celui ci n’avait jamais dévoilé son vrai passé. L’avocat fuit ses échecs (ex-femme, fille qui le hait, panne sexuelle avec Marina) et se réfugie dans le travail pro bono. Camille fuit la réalité de la mort d’Adam en s’occupant de chiens. Lionel, son mari, croit avoir trouvé l’amour auprès de sa kiné, donc il fuit à Manhattan. Abigail fuit dans une douce folie quand son fils la « répudie ». Même les ados sont excellents, en révélateurs des frustrations perverses de leurs parents.

Tout ne se termine pas bien, mais l’amour renait parfois et rachète en partie les incartades et les errements. Cet homme là, Adam, a suscité des passions et a révolutionné un petit monde souffreteux qui ne le savait pas, même et surtout dans la mort. Une bien belle mise en abîme de nos petitesses de cœur et de pensées. Et une réflexion sur les changements de parcours, les prises en compte de nos envies et les choix de vie à l’adolescence mais pas que.

Roman publié aux éditions Points – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Seban.

 

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Poche

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