Plus haut que la mer / Francesca Melandri

Plus haut que la mer / Francesca Melandri

couverture de Plus haut que la mer de Francesca MelandriRésumé : 1979. Paolo et Luisa prennent le même bateau, chacun de son côté, pour se rendre sur l’Île. Mais ce n’est pas un voyage d’agrément, car c’est là que se trouve la prison de haute sécurité où sont incarcérés le fils de Paolo et le mari de Luisa. Ce dernier est un homme violent qui, après un meurtre commis sous le coup de la colère, a également tué un surveillant en prison, tandis que le premier a été reconnu coupable de plusieurs homicides politiques sur fond de révolution prolétarienne. L’homme et la femme ne se connaissent pas, Paolo est professeur de philosophie, mais il n’enseigne plus ; Luisa, elle, est agricultrice et élève seule ses cinq enfants. À l’issue du voyage et de la brève visite qu’ils font au parloir de la prison, ils ne peuvent repartir comme ils le devraient, car le mistral souffle trop fort. Ils passent donc la nuit sur l’Île, surveillés par un agent, Pierfrancesco Nitti, avec qui une étrange complicité va naître. Pour ces trois êtres malmenés par la vie, cette nuit constitue une révélation et, peut-être aussi, un nouveau départ.

Avis : Francesca Melandri est une poétesse de la vie quotidienne. Elle rend des personnages pas si simples, limpides. Elle rend en outre hommage à qui essaie d’être droit dans ce monde biscornu.

Il y a dans Plus haut que la mer, quatre personnages : 3 sont des personnes, le dernier est représenté par la mer et l’île elles-mêmes. En effet, elles n’existent pas l’une sans l’autre. La mer rend l’île, « île » ; l’île partage ses parfums avec la mer. Les prisonniers et les visiteurs sont accueillis et immergés dans l’île comme on le serait dans la mer.

De ses quatre personnages principaux, Luisa est ma préférée. Cette mère de famille, battue et triste, reste droite pour ses enfants. Elle est pour moi une victime de sa propre passion. Après tout, elle a choisi ce mari, elle fait avec. Si je n’emprunterai pas cette route moi-même, je ne peux qu’admirer un personnage entier comme celui-ci.
Paolo, le père d’un jeune homme prisonnier, est quant à lui droit et sec, mais comme s’il n’avait pas d’autre choix alors que Luisa pourrait partir dans une autre direction. Il va apprendre à être plus heureux, à (se) pardonner et qui sait, à rendre son fils plus heureux.
Pierfransco enfin, retrouve son intégrité, son chemin grâce à sa femme et à Luisa (encore !!!). Les passages avec ces protagonistes sont les plus violents, autant physiquement que psychologiquement. Mais leur beauté, liée également au personnage (secondaire ?) de la femme de Pierfransco sont transcendants.

Cet enchevêtrement de personnages et les descriptions de paysages ou d’évènements sont d’une beauté rare. On se surprend à tendre l’oreille pour entendre les craquements de maisons, les clapotis de la mer ou les poissons sauter hors de l’eau. J’emploie à dessein le mot enchevêtrement car Francesca Melandri arrive à passer du présent au passé, en changeant même parfois de personnages sans que l’on soit perdu. Tout est à sa place, dans le grand schéma de leurs vies.

Les émotions sont exprimées sans voyeurisme, avec une violence contenue et une compréhension de l’auteure pour les sentiments ambivalents presque surnaturelle. Tout sonne juste, vrai, simple mais ciselé. Et en même temps, tout est vaste, noble et pur. Une poétesse, je vous dis.

J’ai adoré Plus haut que la mer, pour les images que l’auteure déploie et re-colore pour nous. Elle sublime la mer, les vieilles bicoques, les hommes et femmes perdus, égarés sur un chemin de vie qui ne leur ressemble plus.
Je l’ai également aimé pour ses personnages qui, grâce à un évènement somme toute banal (une tempête qui les empêche de revenir à terre), réussissent leur transformation. Ils vont éclore à nouveau à la vie. Pas la vie morne d’avant non, mais bien celle qu’ils « méritent », la leur propre, droite, simple. Pas non plus une vie pailletée, fausse et vide, juste une vie remplie des petits bonheurs qui la rendent pour moi, inimitable.

Merci Francesca Melandri de nous le rappeler si joliment.

Roman publié aux éditions Gallimard (Folio) – Traduit de l’italien par Danièle Valin.

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