Interview de Paul Clément

Interview de Paul Clément

photo de Paul ClémentCréateur et rédacteur en chef du site My zombie culture, Paul Clément est également désormais, un jeune auteur. Les décharnés est son premier roman, c’est sur lui qu’il nous fait le plaisir de revenir aujourd’hui avec nous.

  • D’abord un site consacré à la culture zombie, et maintenant un roman. Qu’est-ce qui vous fascine tant chez les zombies ?

J’aime les zombies pour de nombreuses raisons. Tout d’abord parce que c’est une figure de la culture populaire qui, je trouve, s’adapte à toutes les sauces. Les zombies permettent ainsi de toucher à de nombreux sujets et, en plus de ça, ils rendent particulièrement bien sur tous les supports de la culture que ce soit les films, les livres, la bande-dessinée ou encore les jeux vidéo.
Ensuite, ce que j’aime chez eux, c’est qu’ils permettent avant tout de parler de nous, de l’Homme, de nos peurs, de nos craintes, de qui nous sommes vraiment. C’est ce que j’ai essayé d’exploiter avec Les Décharnés où les zombies ne sont finalement qu’un élément perturbateur dans la vie de notre héros. Ils permettent en fin de compte de mettre en avant le meilleur comme le pire chez nous.
Enfin, on vit dans un monde où il existe quelque part une sorte de paranoïa collective, de peur de notre propre extinction et c’est quelque chose que je trouve que le zombie illustre parfaitement. Il est une sorte d’image d’une pandémie qui pourrait bien se produire. Imaginer que des morts viendraient nous attaquer est grotesque, mais si on pense aux zombies de films comme 28 jours plus tard, la fiction semble parfois rattraper la réalité. En cela, je trouve cette figure de l’imaginaire encore plus passionnante.

  • Dans Les décharnés, votre héros est vieux, bedonnant et plutôt antisocial. Mais où est passé Harrison Ford ? Ok, il est vieux également maintenant, alors disons Matt Damon ?

couverture de Les decharnés de Paul ClementJe crois que nos amis Harri et Matt étaient déjà bien occupés à se battre aux États-Unis. J’imagine qu’ils étaient lourdement armés et qu’ils avaient beaucoup à faire malgré l’aide de Schwarzy et de Sylvester. Mais, en Provence… il n’y avait personne pour massacrer du zombie à la mitrailleuse. Et c’est justement cela qui m’a intéressé quand j’ai décidé quel serait le héros de mon histoire. Prendre le contre-pied des récits de zombies américains, qui nous font souvent suivre des GI surentraînés ou alors des adolescents dans des parcours initiatiques classiques. Après tout, il faut savoir varier les plaisirs.

  • Une histoire de zombie, mais également de rédemption. C’est à travers l’horreur et la rencontre d’une petite fille que Patrick parvient à se reconstruire. D’ailleurs le sous-titre, Une lueur au crépuscule, met bien an avant cette composante. Voulez-vous nous en parler ?

C’est tout à fait ça. Comme je le disais, en fait, les zombies ne sont, pour moi, qu’un élément perturbateur ; les vrais thèmes de Les Décharnés sont effectivement la rédemption, l’acceptation de soi-même et l’amour. Le sous-titre traduit exactement cela, le crépuscule c’est autant la fin de l’humanité, que le vieillissement progressif de cet homme solitaire, mais il va rencontrer sa lueur dans ce monde post-apocalyptique.

  • Mais s’il y a de l’espoir, il y a également une grande noirceur. Dans votre roman, les pires monstres ne sont pas ceux affamés de chair humaine, et l’homme y prouve bien qu’il est un prédateur comme les autres…

Oui et c’est même une constante dans la culture zombie. L’Homme reste le pire monstre. Finalement les zombies n’ont pas conscience de ce qu’ils font, ils sont poussés vers la destruction mais ils le font sans calculs, ils se contentent d’agir. On pourrait presque les prendre en pitié. L’Homme, lui, poussé dans ses retranchements, est plus que jamais un animal calculateur, manipulateur ; un prédateur pour ses pairs.

  • D’ailleurs tous les personnages ne sont pas clairement définis dans un rôle. Notamment celui de Karim que j’ai eu personnellement du mal à situer. On ne sait pas trop de quel côté le placer. Prêt à tout comme Gérald, sans scrupules ? Ce n’est pourtant pas l’impression qu’il donne au départ, lui qui « recueille » Patrick et Emma. Qu’avez-vous vu en lui ?

Je pense que Karim fait partie de ces personnes qui sont avant tout guidées par un pragmatisme très fort. Ce n’est pas quelqu’un de mauvais, mais s’il doit faire des choix, il laissera une logique très matérielle décider, au-delà de son bon cœur. Dans le roman, il est une sorte d’équilibre entre Gérald et Patrick. Il y a par contre certains de ses actes qui ne sont pas clairement expliqués dans le livre (il faut lire entre les lignes) mais qui laissent penser que finalement, lui aussi a laissé un côté plus sombre le gagner. Je n’en dirais pas plus.

  • N’avez-vous pas été tenté d’écrire une série ?

Quand j’ai commencé à écrire Les Décharnés, je ne pensais même pas que cette histoire finirait par devenir un roman à part entière, alors, non je n’ai jamais eu l’ambition d’en faire une série. Ceci étant dit, cela ne veut pas dire que je n’ai pas une petite idée de ce qui se déroule par la suite. On m’a d’ailleurs souvent réclamé une suite, alors qui sait ? Je ne dis pas « jamais ».

  • Les décharnés est auto-édité, voulez-vous nous parler de cette expérience ? Avez-vous tenté de publier votre roman de la manière traditionnelle, ou souhaiteriez-vous le faire désormais ?

L’auto-édition est une très belle aventure et je ne regrette absolument pas de m’être lancé. J’ai fait de très belles rencontres avec des lecteurs, des blogueurs ainsi que d’autres auteurs. Ce n’est pas facile de se faire connaître mais quand un inconnu m’écrit pour me dire qu’il a adoré mon histoire, j’ai le sentiment d’avoir accompli ma mission même si je n’ai pas vendu des milliers de livres car ça, ce n’est pas l’objectif.
Par contre, avant de me lancer, j’ai effectivement tenté de passer par le circuit traditionnel, mais je n’ai envoyé que quelques manuscrits à de grandes maisons d’édition en me disant que ça pourrait peut-être fonctionner sur un malentendu. J’avais déjà en tête de m’auto-éditer.

  • Comment vivez-vous d’être passé de l’autre côté du miroir ? De lecteur, et même prescripteur à auteur ?

Je le vis très bien car j’ai la chance d’avoir déjà des lecteurs qui me suivent avec assiduité et c’est un vrai bonheur d’établir une relation de confiance avec eux. Je découvre qu’être auteur ce n’est pas qu’être seul derrière son ordinateur à essayer d’écrire la meilleure histoire possible, c’est beaucoup de partage. Pour le côté prescripteur, disons qu’étant quelqu’un d’assez critique sur mon blog, je m’impose une rigueur supplémentaire et essaie de ne pas répéter les erreurs/défauts que je vois souvent mais ce n’est pas toujours facile.

  • Si vous ne deviez conseiller qu’un seul livre de zombie ?

Apocalypse Z de Manel Loureiro. Parce que, pour moi, ce livre fait partie de ce qui se fait de mieux en matière de survival zombie. Des personnages attachants et crédibles (et même un chat !), du réalisme, de l’action, de la diversité et en plus ça se passe en Espagne. Je le recommande chaudement.

  • Et maintenant, quels sont vos projets ? Pouvez-vous nous parler de Creuse la mort ?

L’aventure Les Décharnés m’a vraiment donné envie de continuer à écrire et à partager mes écrits avec mes lecteurs. Je suis donc en ce moment en train d’écrire les tous derniers chapitres de mon deuxième roman qui s’intitule, comme vous l’avez dit, Creuse la Mort. J’espère avoir terminé le premier jet au mois de mai et pouvoir le publier à la fin de l’été 2016.
Qu’en dire ? Pas grand chose sans casser le mystère. C’est un thriller horrifique dont l’action débute lorsqu’un homme, notre héros, découvre une étrange fosse dans son jardin. Il a beau la reboucher, tous les matins, elle est à nouveau là…
Ensuite, une fois Creuse la Mort terminé, je compte commencer l’écriture d’une série d’aventure. Pas vraiment de fantastique ni d’horreur au programme, mais de nouvelles choses. C’est un univers dans lequel j’ai hâte de me plonger mais on en reparlera en 2017.

Merci Paul !

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