Des larmes sous la pluie / Rosa Montero

Des larmes sous la pluie / Rosa Montero

Quatrième de couverture : Etats-Unis de la Terre, 2109. Les réplicants meurent dans des crises de folie meurtrière tandis qu’une main anonyme corrige les Archives Centrales de la Terre pour instrumentaliser l’histoire de l’humanité. Bruna Husky, une réplicante guerrière, seule et inadaptée, décide de comprendre ce qui se passe et mène une enquête à la fois sur les meurtres et sur elle-même. Aux prises avec le compte à rebours de sa mort programmée, elle n’a d’alliés que marginaux ou aliens dans ce tourbillon répressif, vertige paranoïaque, qui emporte la société.

Avis : Bruna Husky est une techno-humaine. Comme ses semblables, elle a été génétiquement fabriquée. Leur existence ? Une enfance fabriquée et illusoire, puis une vie de manœuvre ou de soldat. Bruna fait partie des reps de combat et il lui reste quatre ans, trois mois et vingt-neuf jours à vivre. En retraite depuis l’unification du monde, elle vivote entre deux boulots de détective privée. Sa dernière affaire pourrait bien être la plus grosse et la plus létale de sa carrière : une étrange folie meurtrière semble toucher les reps, qui se mettent à attaquer les humains avant de se suicider en s’énucléant.

La grande réussite de se roman est son univers d’anticipation. Rosa Montero nous présente un futur, si bien basé et développé autour de notre présent et de notre histoire, qu’il en est crédible et cohérent. Malgré les fantastiques innovations technologiques, que ce soit au niveau humain, social, politique, sanitaire ou même médiatique, l’avenir qu’elle nous prédit est loin d’être glorieux. Les préoccupations écologiques actuelles notamment, trouvent un écho effrayant dans ces pages. Les passages des archives, qui entrecoupent régulièrement le récit, sont d’ailleurs particulièrement intéressants ; en faisant un point sur la situation géopolitique et historique de ce monde, ils permettent de l’approfondir encore.

Mais le propos de l’auteur est également profondément humain. Elle se sert très bien des différents éléments de son histoire (personnages de différentes espèces, deuil, manipulations génétiques) pour entreprendre ici une réflexion fouillée sur ce qui nous rend « humain », sur la discrimination raciale et la peur de la mort. Ce dernier point est au centre des préoccupations de l’héroïne. Bruna vit constamment avec son échéance de vie en tête. Le cancer rep, le fléau de son espèce, se déclenche systématiquement chez tous les réplicants au bout de dix ans d’existence.

Malheureusement, l’intrigue n’est pas aussi réussie. C’est dommage car elle était vraiment prometteuse. Le comportement violent des réplicants est-il dû à un trafic de mémoires adultérées ? Est-ce l’œuvre d’un gigantesque plan particulièrement pervers de la part des Suprématistes, afin de se débarrasser une bonne fois pour toutes des technos-humains ? Cette histoire augurait d’un complot tortueux à souhait, mais qui n’est malheureusement pas assez exploité. À partir du milieu du livre, il ne se passe plus grand-chose et je me suis vaguement ennuyée. Mais surtout, la cabale dont sont victimes les réplicants se dénoue beaucoup trop facilement. D’un claquement de doigt l’affaire est résolue et les choses reprennent leur cours.

Ce roman, hommage à Blade Runner, est avant tout prétexte à une réflexion psychologique et sociétale aboutie. L’intrigue, linéaire, y est un critère secondaire.

Roman publié aux éditions Métailié – Traduit par Myriam Chirousse

LC avec Nyméria

http://www.lespipelettesenparlent.com/?p=311

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