Purgatoire des innocents / Karine Giébel

Purgatoire des innocents / Karine Giébel

Quatrième de couverture : Je m’appelle Raphaël, je viens de passer 14 ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, et deux autres complices, nous avons dérobé 30 millions d’euros de bijoux. Ç’aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts et un blessé grave. Le blessé, c’est mon frère. Alors, je dois chercher une planque sûre où Will pourra reprendre des forces.
Je m’appelle Sandra. Je suis morte il y a longtemps dans une chambre sordide. Ou plutôt, quelque chose est né ce jour là…
Je croyais avoir trouvé le refuge idéal. Je viens de mettre les pieds en enfer.
Quelque chose qui parle et qui marche à ma place. Et son sourire est le plus abominable qui soit…

Avis : Terrible, atroce, émouvant, terrifiant, puissant… Je n’ai pas assez de mots pour qualifier ce roman. Juste une ombre m’avait mis une claque, ce purgatoire est un coup de poing ! On est pris à la gorge, effarés, épouvantés, fascinés. Karien Giébel tisse ici une toile des plus noires, et nous plonge dans les tréfonds de l’âme humaine.

Après un braquage qui a mal tourné, Raphaël, ses complices et son jeune frère grièvement blessé, trouvent refuge dans une petite bourgade du nord de la France. Ils prennent en otage Sandra, la vétérinaire du village et s’installent chez elle. Une planque, qu’ils croient idéale…

Deux formes de mal s’affrontent ici. À 40 ans, Raphaël a déjà fait plusieurs séjours en prison. Il n’a peur de rien, ni de donner des coups, ni d’en recevoir. Il sait que dans la vie, il n’y a que deux choix possible : manger ou être mangé. Et que s’il ne veut pas servir de dîner, il doit être le plus méchant et le plus fort. Mais c’est un truand « à l’ancienne », avec un code d’honneur. Dans cette ferme isolée, c’est le Mal à l’état pur qu’il va rencontrer. Un véritable prédateur, sans morale, sans conscience, qui s’est libéré de tout ce qui fait de nous des « hommes ». Les rôles s’inversent alors, le criminel, l’homme recherché par toute la police de France, va se retrouver dans la peau du « gentil ». Mais Raphaël sera-t-il assez fort ? Arrivera-t-il à déjouer les plans du monstre et à sortir ses compagnons vivants de sa tanière ?

La richesse de ce livre, tient en grande partie à ses personnages. Extrêmement complexes, ils ne sont ni tout noir ni tout blanc. Tour à tour attachants ou détestables, il est parfois difficile de les comprendre, mais ils ne peuvent laisser indifférents. L’affection profonde qu’il y a entre les deux frères est particulièrement touchante. Quelques flashbacks bien placés renforcent ce sentiment. Le personnage de Sandra, tourmenté, ravagé par ses démons intérieurs est un des plus ambivalents qu’il m’ait été donné de voir. La psychologie occupe ici une place prépondérante. L’amour, la colère, la haine sont des moteurs puissants.

Non seulement l’écriture précise et incisive de Karine Giébel sert à merveille son histoire, mais elle se paie le luxe de parsemer son récit de petites piques ironiques dont les personnages n’ont pas conscience : la planque parfaite, la jeune fille qui rêve de disparaitre, le scotch, les serrures… Tant de petits éléments qui aident à faire monter la tension. Les braqueurs ne savent pas qu’ils sont rentrés dans la maison du diable, mais le lecteur oui. On attend alors le moment, inévitable, où la situation va s’inverser. Plus les pages défilent, plus on le sait proche… Jusqu’à l’impact, fatal, horrible. 

Une histoire machiavélique, une tension à couper au couteau, des personnages ciselés dans la douleur et la violence… Êtes-vous prêts, vous aussi, à pénétrer dans la demeure du diable ? Sachez que vous n’en ressortirez pas indemne.

Roman publié aux éditions Fleuve Noir. 

LC avec : Vepug, Barbouille, Licorne

Merci à Book en Stock pour cette lecture

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