La fille automate / Paolo Bacigalupi

La fille automate / Paolo Bacigalupi

Quatrième de couverture : Dans un futur proche où le tarissement des énergies fossiles a radicalement modifié la géopolitique mondiale, la maîtrise de la bio-ingénierie est devenue le nerf d’une guerre industrielle sans merci. Anderson Lake travaille à Bangkok pour le compte d’un géant américain de l’agroalimentaire. Il arpente les marchés à la recherche de souches locales au cœur de bien des enjeux. Son chemin croise celui d’Emiko, la fille automate, une créature étrange et belle, créée de toutes pièces pour satisfaire les caprices décadents des puissants qui la possèdent, mais désormais sans plus d’attaches.

Avis : Bien que classé SF, ce roman est tout à fait accessible à des néophytes, et même, à des personnes qui n’aiment pas ce genre. Le monde créé y est terriblement actuel tout en apportant sa touche d’exotisme, et les personnages sont le portrait d’une génération pleine d’amertume et de hargne.

Comme souvent avec les romans d’anticipation, La fille automate interroge le lecteur sur son avenir et rappelle à son bon souvenir que celui que nous nous préparons est loin d’être rose. Le pétrole a finalement disparu, l’électricité également et surtout, la nourriture a connu une importante contamination. Il n’y a plus de voitures dans les rues, mais des vélos et des rickshaws, plus de chats errants mais des cheshires (chat génétiquement modifié), plus de grues mais des mastodontes pour déplacer les lourdes charges. C’est un monde âpre, ou le simple fait de manger une pomme n’est plus un geste anodin.

L’univers est dense, riche et tout à fait crédible, car il trouve de nombreux échos dans notre propre actualité. Aux enjeux génétiques et énergétiques s’ajoutent des enjeux politiques. Partout dans le monde, les pays ont connu une révolution sans précédant. La famine a donné lieu à des guerres, des coups d’état et le racisme n’a jamais été aussi fort. Bangkok, fait ici un peu figure de dernier bastion de la liberté. Trois grands groupes s’y affrontent. Le ministère de l’environnement (les chemises blanches), le Commerce, et, entre les deux, les grandes sociétés caloriques qui tentent de tirer leur épingle de ce jeu de dupes, afin d’accéder au but ultime : la banque de semences.

Les personnages développés par l’auteur, représentent chacun un groupe de la population : Hock Seng, réfugié yellow card, souhaite retrouver son faste d’antan ; Mai, la petite fille thai, aspire à survivre ; les gaijin Carlyle et Anderson, bien décidés à s’enrichir pour l’un et à implanter son groupe en Thailande pour l’autre ; Jaidee et Kanya, les chemises blanches, si désireux de préserver leur mode de vie ; Akkarat, le président du Commerce, avide de s’emparer du pouvoir ; et au milieu, Emiko, la fille automate, véritable chien dans ce jeu de quilles.

Emiko est une automate, une « nouvelle personne » comme ils se nomment eux-mêmes, génétiquement fabriquée dans un laboratoire. Ses mouvements sont mécaniques, pourtant elle ressent la douleur comme le plaisir, elle connait la joie aussi bien que la colère ou la peur. L’obéissance est programmée dans son ADN, mais elle rêve d’une vie sans maitre. C’est le personnage le plus touchant de cette histoire, le plus humain d’une certaine manière car le plus fragile et le plus pur. Un personnage qui se révélera surprenant à plus d’un titre, mais qui réserve également les passages les plus sombres du roman.

J’ai également eu une affection particulière pour Kanya. J’ai été touchée par sa souffrance et j’ai compris sa soif de vengeance. Les autres protagonistes sont trop égocentriques pour être véritablement attachants. Ce qui est compréhensible dans un monde où la survie est une bataille de tous les instants, mais la manière dont ils la mettent en œuvre l’est moins. Ils le font en écrasant les autres. En mentant, volant, tuant s’il le faut.

Ce roman est le récit d’un monde en pleine mutation, l’histoire d’une révolution.

« Tout est changement, et le changement est la seule vérité. »

Roman publié aux éditions J’ai lu – Traduit par Sara Doke 

Merci aux éditions J’ai lu pour cette lecture

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